Peu connue en France, " cette " détective BCBG en pleine puberté est l’idole des (très) jeunes filles Outre-Atlantique. Héroïne de Bibliothèque Rose, Nancy Drew résout ses enquêtes en jersey, cachemire et collier de perles. Tout un programme.
Le monde des privés est spécifiquement masculin. Son dieu est Sherlock Holmes et sa légende, Philip Marlowe (Humphrey Bogart). Les adeptes portent un long imper sale avec une perpétuelle clope au bec car le cancer n’existe pas en ce lieu. Ils se retrouvent dans des ruelles sombres et des bars enfumés où un jazz lancinant emplit l’espace. Virils mais mélancoliques, ils représentent le charme désuet des Etats-Unis des années 50.
La femme, elle, est fatale. De la secrétaire au brushing improbable à la veuve éplorée en déshabillé ravageur, elles ont le regard de l’animal pris au piège et plus de sensualité qu’un troupeau d’anorexiques défilant sur une estrade illuminée. Mais, fourbe ou candide, elle n’est qu’un faire-valoir pour le détective qui l’enlacera invariablement quand les six lettres blanches annonçant la fin de l’histoire apparaîtront sur le fondu au noir.
Il n’en fallait pas beaucoup pour que la guerre des sexes change la donne phallocratique de ce monde. Avec plus ou moins de succès, sont arrivées notamment une lady fouineuse au service de sa Majesté, une blonde californienne qui œuvre dans son lycée et une collégienne qui traque le surnaturel en socquettes et jupes à carreaux. Cette dernière s’appelle Nancy Drew, elle élucide des énigmes avec une forte prédilection pour le surnaturel et elle fait rêver des jeunes filles aspirant à damer le pion au sexe opposé depuis plus de soixante-dix ans.
Mais aujourd’hui, elle aura à résoudre une affaire crapuleuse où de vils producteurs hollywoodiens en manque de licences juteuses s’attaquent à un public jeune et sans défense en relâchant un produit standardisé jusque dans son indigence : Nancy Drew, le film.
Plus sérieusement, c’est bien dans le Los Angeles contemporain que notre adolescente sortie des années 1950 se retrouve confrontée aux tumultes et vicissitudes des grandes agglomérations. Entre les moqueries vestimentaires, un sidekick rondouillard, un petit ami niaiseux et des dangers de parc d’attraction, elle n’aura que peu de temps pour résoudre un vrai mystère : la disparition d’une actrice dans des circonstances étranges.
Entre passages secrets et tiroirs à double-fond, notre héroïne va aller de surprises en déconvenues avant de résoudre une intrigue finalement aussi plate que le long-métrage. Avec un traitement proche de celui de Scooby-Doo (le dessin animé pas le film) sans le côté hippie et marijuana, le résultat sonne creux. Les passages drôles sont anecdotiques et l’approche très gamine rebutera les rescapés de l’adolescence éprouvant si peu de tendresse pour cette période trouble qu’ils ne souhaiteront pas s’y replonger.
A éviter, donc. Toutefois, on peut décerner une mention spéciale à l’actrice dont la candeur sied à merveille au rôle avant d’horripiler tout être normalement constitué au bout d’une demi-heure.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 04/07/2008