Les vivants sont ils déjà des fantômes ? Une belle interrogation qui nourrit un court roman qui donne le frisson!
Le héros du livre a tout d’un zombie. Dans nos vies modernes, il est facile de se laisser aspirer par la solitude et y trouver son compte. C’est rassurant. On vit caché derrière son écran d’ordinateur au travail et on se dépêche de rentrer chez soi.
Shimuran-san avoue même que le bruit des cigales l’insupporte. Il se défend avec un ton cassant. Les femmes ou les amis, ca ne l’intéresse pas. Il est un peu seul contre tous. Il digère comme il peut ses aigreurs.
C’est à cause de la bouffe d’ailleurs que sa vie bascule dans l’insolite. Tous les jours, il a l’impression que son frigo se vide tout seul. Doucement mais sûrement. Le voilà paranoïaque ?! Il décide d’installer une webcam et il va faire une étonnante découverte.
Inspiré d’un fait divers japonais qui avait fait le tour du Monde, Nagasaki parle une fois encore de cette solitude si pesante dans nos sociétés modernes qui aiment tout compartimenter, à commencer par les êtres humains.
Shimuran-san est un héros de roman atypique car très antipathique. Les phrases sont courtes comme ses idées sur l’existence. Et la suite de sa mésaventure va l’amener à découvrir le poids de sa bulle, de sa tanière, de son autisme forcé.
Sa vie n’est qu’un placard comme celui où se cache son étrange fantôme. Il en prend conscience. Le cocon peut être une tombe. La culpabilité qui va naitre chez le héros est une bénédiction : il est encore capable de sentiment !
Heureusement, Eric Faye a la bonne idée de faire un roman court et précis. L’approche du grand sujet contemporain, la solitude, devient honnête et sans grande théorie pessimiste. C’est un constat simple et effrayant. Expéditif mais lucide !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 10/02/2011