Nosfell sort un troisième album éponyme. Un virage rock cadré par Alan Johannes des Queens of stone age. Le résultat est plus que convaincant. Un album enivrant et percutant à écouter en boucle.
Il faut connaître Nosfell. Un artiste français singulier dans le paysage musical actuel. L’artiste travaille ses textures vocales comme jamais et diffuse une présence unique en scène. Nosfell surprend et on prend toujours une claque à chaque concert dès que les décibels de la voix se mêlent à ceux du violoncelliste Pierre Lebourgeois. Invité régulièrement par la Cité de la Musique et les orchestres symphoniques, Nosfell a tout d’un futur grand du rock. L’esthétique tient en un dépassement de la douleur et de la déchirure. Une exploration vocale du Beau.
Avec ses deux premiers albums Nosfell nous décrivait avec une langue imaginaire son monde. Un monde fait d’êtres hybrides où la nature se plait à mélanger corps animaux et humains, écorces d’hommes et peaux d’arbres. Un monde de tourmente et d’émotions doubles. Freaks. Ici, Nosfell tourne à moitié la page puisque le personnage phare, Günel, n’est plus l’icône phare de l’album. La liste des morceaux ne cherche plus à tracer une trame narrative. La reine de ce nouvel album est la musique.
Dans une production très belle réalisée par Alan Johannes, producteur, ingénieur son et instrumentiste des Queens of stone Age, Nosfell parvient dans un joli tour de force à mêler son langage imaginaire à celui du rock. Le résultat est surprenant et déroutant. La guitare électrique passe devant le violoncelle qui n’intervient que partiellement, les tonalités vont de ritournelles rock à des ritournelles punk. Un album qui sort du lot actuel.
Bien sûr il y a la voix de Nosfell qui vient et revient en boucle, en nappe ou en chœur. Mais on retrouve également celle de Daniel Darc avec lequel joue régulièrement en scène Pierre Lebourgeois. Le morceau est d’une voluptueuse efficacité. Une captivante noirceur scandée par un Daniel Darc fusionnant avec un texte qui lui va comme un gant : « La romance des cruels ».
« Bargain healers » réussit la prouesse de réunir Brody Dalle des Distillers et son mari à la ville Joshua Homme des Queens of stone age. Le morceau sur fond de banjo là encore vous entraîne dans une comptine folk où le son est furieusement travaillé.
Sur le morceau suivant « Maridus », en voix de tête, Nosfell joue la diva et vous attire dans un chant éthéré. Bruits de bouche, sonorités labiales, beat box, souffle, texte baroque, batterie et cordes de violoncelles en fond vous attrapent et ne vous lâchent pas. Un ensorcellement d’1minute 37’’.
Si Orkhan Murat est toujours présent en tant qu’instrumentiste (percutant dans « …Jusila »), Pierre Lebourgeois intervient de plus en plus en tant qu’arrangeur, en basculant sur le violoncelle ou la basse quand c’est nécessaire. Judicieux équilibre qui fait avancer la formation.
Le chant de Nosfell s’écoute comme le chant des sirènes, en acceptant de se laisser porter et d'être séduit. Le chant diphonique, comme l’intro du dernier morceau « Avaden Lis », cherche une forme de spiritualité par la verticalité des notes. Les mélodies sont souvent vertigineuses.
On est donc bluffé par ce troisième album qui sort des sentiers battus une nouvelle fois. Heureux de cette rencontre avec l’univers d’Alan Johannes qui les a accueillis chez lui en Californie dans une bienveillance et une rigueur évidentes (voir interview).
Pierre Lebourgeois, Orkhan Murat et Nosfell viennent de faire un pas de géant en avant sur le chemin musical des grands. A découvrir d’urgence sur scène ou sur album !
Ecouter aussi : Interview de Nosfell
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 08/06/2009