Un album excellent de A à Z, idéal pour colorer le moindre de nos états d’âme d’une touche sensuelle et retenue.
La première fois que j’ai écouté le second album de Melody Gardot, je me suis dit « - Non, ce n’est pas possible. Je dois rêver. »
La seconde fois que j’ai écouté l’album, je me suis rendu compte que c’était possible. Je n’avais pas rêvé.
Ce qui était possible : la grâce.
Melody Gardot sait trousser des musiques aux sonorités jazzy des années 50. On pense à Franck Sinatra et aux arrangements de Nelson Riddle. C’est assez impalpable mais les différents motifs (la voix , le son des instruments, la musique entrainante et mélancolique) forment une trame ensorcelante.
Du coup, on est prompt à réévaluer les autres petites sœurs de Melody, la mignonne Norah Jones qui a commencé par le jazz mais aimerait bien flirter avec la country, Diana Krall, dont le dernier opus en forme de bonnet de nuit vous envoie directement dans les bras de Morphée.
Il suffit d’écouter l’un des derniers titres, le trop célèbre "Over the rainbow " pour comprendre l’originalité de Melody Gardot. Elle habille ce standard d’un rythme Bossa comme un sautillement qui permet de masquer une tristesse à peine voilée.
La voix de Melody ? Elle est toute en retenue, bien timbrée et il s’en faut de peu pour qu’elle feule ou miaule. Et les arrangements sont d’une grande classe sans ostentation. Comme le dirait si bien Verlaine, "il n’y a rien qui pèse ou qui pose".
Melody Gardot a 23 ans. A 19 ans, elle a été renversée par un chauffard et est restée plusieurs mois, le corps cassé dans un lit de douleur, des mois durant lesquels elle a connu les nombreuses difficultés de la rééducation. Il lui reste quelques séquelles. Elle se déplace à l’aide d’une canne et porte des lunettes noires parce qu’elle ne supporte plus les lumières violentes.
A l’hôpital, quelqu’un a eu la bonne idée de soigner la jeune femme avec la musicothérapie. C’est ainsi qu’elle a découvert la musique, composé ses premières chansons et réussi à exprimer le secret de son âme.
Melody Gardot a toute la vie devant elle et nous aussi, du simple fait qu’elle existe et compose. Elle s’avance sur des terres que d’autres ont défriché mais son pas est unique et son album peut s’écouter plusieurs fois avant qu’on s’en lasse. D’ailleurs, pourquoi s’en lasserait-on ?
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 21/04/2009