Présenté à Cannes en mai dernier, My magic est de ces films personnels et attachants que l’on rencontre par hasard et qui restent durablement dans un coin de la mémoire.
Francis est un homme détruit. Assis au bar, il commande et boit les verres de whisky avec une régularité de métronome. Sa femme l’a quitté et il noie son chagrin dans l’alcool depuis des années. Au point de laisser son fils de douze ans se débrouiller seul, malgré ses reproches répétés. Pourtant, dans un sursaut, Francis va renouer avec son ancien métier de magicien pour tenter de sortir d’une spirale fatale qui semble l’entraîner tout droit vers la déchéance, la misère et la mort.
Pour son cinquième film, Eric Khoo, réalisateur originaire de Singapour, avoue avoir été "inspiré" par La route, le dernier roman de Cormac McCarthy, dans lequel un père et son fils, seuls au monde, doivent se débrouiller pour survivre dans un environnement hostile. Comme dans le roman, Francis et son fils sont engagés dans une course pour la survie, menacés qu’ils sont par l’alcool pour le père et par des racketteurs au collège pour le fils.
Si le sujet est minimaliste (comme l’est celui de La route), la réalisation sombre et chaleureuse d’Eric Khoo transforme en fable de la rédemption une chronique qui aurait pu n’être que sordide. L’amour de/pour ses personnages transparaît à chaque plan, jusque dans ceux au cours desquels Francis Bosco, "véritable" magicien de son état, s’adonne à des pratiques extrêmes qui glacent le sang : verre mangé, lames de rasoir avalées, bras ou langue transpercés...
Sans parler de beauté formelle, My magic est dépositaire d’un onirisme désespéré et émouvant qui touche juste. Qui touche au coeur.
Joël Fomperie
© Etat-critique.com - 11/11/2008