Quatre ans après le succès de sa pièce satirique, Jean-Michel Ribes adapte Musée haut, musée bas au cinéma avec tous les acteurs français... ou presque.
Acteur, auteur et réalisateur, Jean-Michel Ribes est une sorte d’homme-orchestre qui signe lui-même l’adaptation sur grand écran de cette pièce satirique qu’il a écrite et créée au Théâtre du Rond Point dont il est directeur depuis 2001. Musée haut, musée bas n’est pourtant pas la simple “captation” pour le cinéma de l’oeuvre originale, mais bien une réinterprétation.
Construit comme un film chorale aux personnages récurrents croisés et recroisés au fil de la visite désordonnée d’un musée presque comme les autres, cette satire féroce du “culturellement correct” tape à bras raccourcis sur le monde de l’art en générale et de ses ego surdimentionnés en particulier.
Fourmillant d’idées et de références, en mouvement permanent, il s’attache à décortiquer les tics, pratiques et usages des habitants de ce lieu si particulier que constitue un musée. Créateurs, visiteurs et administrateurs sont ainsi indifféremment passés à la cruelle moulinette d’un Jean-Michel Ribes au meilleur de sa forme.
Les personnages se (dé)multiplient et les répliques cultes avec eux. Valérie Lemercier en mondaine blasée : “Moi, j’adore toute cette période qui va de Vinci à Warhol !” Muriel Robin en admiratrice de Kandinsky désespérée de ne pas trouver les tableaux de son idole et contrainte de traverser la salle consacrée au grand Léonard : “Moi, de toute façon, je ne le supporte pas, de Vinci ! Son côté monsieur Je-sais-tout-faire, peinture, sculpture, bricolage et j’en passe, ça m’horripile !” Daniel Prévost arpentant le musée à la recherche du parking où est garée sa voiture : “Si on était garés à Velasquez, crois-moi, je m’en souviendrais. Velasquez, c’est le nom de mon assureur, Henri Velasquez, qui me pompe cinq mille euros par ans sans jamais rien me rembourser. Alors si la voiture était garée à Henri Velasquez, ce serait marqué là pour toujours !” Etc.
En fil conducteur, Michel Blanc, conservateur du musée et sans doute pas le moins fou de la troupe, mène son combat incessant pour l’art et contre la nature, ennemi absolu de la civilisation qu’il représente : “Les musées sont de plus en plus cernés par les espaces verts, où les arbres prolifèrent dans l’indifférence générale ! [...] Et pour ceux qui ne pourraient pas s’en passer, je signale que nous avons un étage entier consacré aux paysages et autres marines qui, croyez-moi, donnent à la nature le talent qu’elle n’a jamais eu ! Est-ce que les arbres étaient beaux avant que Corot les ait peints ? Non ! Simple protubérances chlorophylliennes tout juste bonnes à faire du feu !”
Mais les éléments finiront par avoir raison de cet immense bateau ivre qui sombrera corps et biens dans une tempête apocalyptique... dont surgira pourtant une ultime oeuvre d’art, sorte de radeau le La Méduse de l’art “insubmersible”.
Plus fort de ses textes - véritables brèves de musées, cousines cultivées des Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio - et de sa distribution que de sa mise en scène, Musée haut, musée bas se déguste comme une gourmandise acidulée et intelligente.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 22/11/2008