Citadins informés et sceptiques, à l’abri, croyez-vous, derrière les murs de vos fières Cités, oyez la terrible histoire de la Bête cruelle qui désola le Gévaudan trois ans durant, sans répit.
Ce n'est point légende, ni invention d'écrivain, les faits sont avérés, la documentation historique abonde. Cela se passait au XVIIIème siècle, sous le règne de Louis XV. Une bête féroce parut soudain le 30 juin 1764 dévorant bergères et bergers, sans jamais s'attaquer au bétail, par tout le pays de Gévaudan. Elle ne fut abattue que le 19 juin 1767, au fond des bois, par un bien étrange personnage nommé Jean Chastel..
Qu'était-elle ? Un loup, des loups, ont prétendu les historiens. Absolument pas ! Rétorquent les éthologues, la bête n'a jamais un comportement de loup. Le débat fait rage, encore de nos jours...A la vérité, lorsqu'on examine de près cette histoire, il est bien difficile d'accuser le loup et de s'en tenir là. Nous sommes face à un événement complexe, un authentique drame paysan.
Le Musée de la Bête ("Musée fantastique de la Bête du Gévaudan") qui fête aujourd'hui ses dix ans d'existence, raconte ce drame comme un Mystère, une représentation médiévale que l'on donnait sur le parvis des églises. Sauf qu'ici, le spectacle se déroule dans une tour où le visiteur est plongé dans l'obscurité et doit suivre le récit d'une scène à l'autre, illuminée au fur et à mesure de sa progression. Le dispositif, sobre mais d'une redoutable efficacité est bâti sur le principe du son et lumière. Il se déroule sur le mode du suspens allant crescendo jusqu'au dénouement. Tout ceci est superbement réalisé, décors et mannequins de cire remarquablement conçus. Les voix des comédiens sont convaincantes au possible, les bruitages impressionnants de vérité. Le visiteur en sort terrorisé, je veux dire comblé, heureux. Il frissonne encore de ces sombres tableaux que Mme Tusseaud aurait applaudis, intrigué par l'énigme, ébranlé d'avoir fréquenté les gouffres de l'âme humaine conjugués à la nature féroce acharnée sur la paysannerie misérable de "Ce tant rude Gévaudan" comme l'écrivait Félix Buffière en titre de son ouvrage énorme autant qu'indispensable.
Le Musée de la Bête, ouvert toute l'année, se trouve dans la petite ville de Saugues, Haute-Loire. Précisons que le Gévaudan, à l'époque, s'étendait sur toute notre Lozère actuelle, une partie du Cantal et de la Haute-Loire donc.
Allez-y, si vous n'avez pas froid aux yeux, vous n'en reviendrez pas ! J'espère que si, quand même... Et si vous y allez, demeurez respectueux de cette vieille terre et de ceux qui la vivent; n'accourez pas en horde, groupes, troupeaux (il y en a déjà). Venez en amis, peu nombreux par définition, disposés à apprendre, et, peut-être, aimer ce que vous y trouverez.
Gilbert Provaux
© Etat-critique.com - 16/09/2009