Kevin Costner en serial killer face à Demi Moore en super flic, cela ne donne pas envie ? Ca sent le gros nanar pour stars à la ramasse ? Pourtant, malgré ses défauts, Mr Brooks est un thriller plaisant et parfaitement ambigu.
Kevin Costner est il un héros américain ? De la grandeur (Danse avec les loups) jusqu’à la décadence (The Postman), le comédien a eu une trajectoire qui plait à l’Amérique. Après les paillettes et la gloire, la star de Waterworld, s’est résignée à des films inégaux. Mais il n’a pas oublié ses rêves : Open Range a prouvé qu’il aimait encore son art et qu’il y tirait du plaisir.
Aussi Kevin Costner est il redevenu fréquentable et sympathique. En vieillissant, il rappelle un peu Clint Eastwood. De son coté, Demi Moore fait parler d’elle, non pas pour ses films mais pour son apparente jeunesse et sa liaison avec un très jeune comédien. Il y a 10 ans, un film avec Kevin Costner et Demi Moore aurait fait l’événement. Aujourd’hui c’est une curiosité un peu ringarde.
Bonne surprise : Mr Brooks n’est pas un polar au rabais. C’est un film noir et assez étrange. Retrouver Kevin Costner dans le rôle d’un méchant provoque toujours une sensation bizarre. Or cela lui va bien. Très bien même! Il interprète Earl Brooks, un entrepreneur qui a le vilain défaut d’être un schizophrène : le jour, il est un brave père de famille un peu réac ; le soir il traque ses victimes pour leur coller un peu de plomb dans la cervelle.
Secondé par Marshall, son double imaginaire, après deux ans d’abstinence, il s’en prend à un couple. Un photographe le surprend et le fait chanter. Il veut lui aussi tuer quelqu’un. La vie de Earl se complique d’autant que la téméraire détective Atwood reprend l’affaire…
Le film oppose donc le tueur bien sous tout rapport et la sulfureuse flicette harcelée par un ex mari et un tordu en fuite. Cela fait beaucoup pour le spectateur. Plus d’une fois le film apparaît assez improbable. Au lieu de se limiter à la personnalité de Brooks, l’histoire se perd dans les détails de la vie de l’inspectrice et ce n’est pas intéressant.
Le film l’est beaucoup plus lorsqu’il s’occupe du héros, cousin cinéma de Dexter, héros perturbé d’une série culottée. Kevin Costner compose un personnage hanté par toutes les ambiguïtés de son pays. Le serial killer est un papa poule. Le comédien, accompagné d’un William Hurt aussi fielleux que dans History of violence, joue un accro à la mort et la violence. Sans trop en faire, le calme de son personnage est l’élément le plus inquiétant du film.
Le regret d’un scénario un peu trop généreux devient alors plus grand. Mr Brooks pouvait être l’unique sujet du film mais le récit s'attache trop à l’agent Atwood. C’est dommage car le film s’étire bêtement. On préfère les inquiétudes biologiques du tueur lorsqu’il soupçonne sa fille de suivre son chemin sanglant. Petit à petit, Brooks est l'expression de la mauvaise conscience de son pays, traumatisé par la violence.
Inspiré par son personnage central, le réalisateur Bruce A Evans aurait dû se concentrer sur lui. Il a cependant eu la bonne idée de proposer le rôle à Kevin Costner, connu pour son américanisme parfois aveugle mais aussi pour son humanité généreuse. Il est décidément de plus en plus ambigu comme son mentor, Clint Eastwood. Une référence qui, espérons le, sera de plus en plus évidente avec le temps qui passe et les films qui viennent : il serait alors un vrai héros comme l’Amérique sait en produire !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 27/08/2007