Moustic monte sur les planches au Théâtre du Rond-Point jusqu’à fin décembre. Moustic en gros : un gros plan qui dévoile une naïveté et un potentiel comique inné. Une réussite.
Des années qu’on le connaît comme présentateur des informations de la Présipauté de Groland sur Canal+. Une émission qui n’hésite pas à faire dans le trash et le décalé, une des dernières reliques des belles années de Canal où l’indépendance rimait systématiquement avec pertinence et insolence.
Cyclo en fond de scène bleuté, ouverture sonore sur un requiem pour semer le trouble. Moustic se prendrait-il au sérieux ? Quel ton va-t-il adopter ? Puis Public Enemy est diffusé. Un éclectisme entre deux extrêmes qui rappelle que Moustic est aussi créateur d’une radio en pays basque « I have a dream ». Tout est possible, comme il le rappellera en fin de spectacle.
L’entrée se fait par le jardin, Moustic pousse sur scène une poubelle parisienne verte. Le voilà désormais debout sur les planches de la salle Tardieu du Rond-Point. Pantalon à gros carreaux gris beige, chaussure montantes rouges pétantes, chemise rouge sur tee-shirt blanc, double-menton, bidon de baby-boomer et bille de clown, Moustic est prêt à faire le grand saut.
Moustic débute avec le thème « mes amis du rire m’ont conseillé »… Un thème pour justifier humblement sa présence. Jules-Edouard ne cherche pas à prendre le pouvoir sur le spectateur, pas question de se la jouer costume noir-cravate, chemise blanche. Finalement plus théâtral qu’un one man show ou un stand-up, les premières minutes comme dans de nombreux monologues débutent doucement. « Mes amis du rire » aborde la politique, les religieux, l’occupation de l’espace mais sans grande conviction. Le chapitre n’est là finalement que pour mieux s’en débarrasser et passer à Nous, humains vieillissant dans une société moderne.
Très rapidement Moustic fait mouche. Jules-Edouard préfère emprunter le chemin du ridicule et de l’autodérision que celui de la moquerie, plus proche du Laurel que du Hardy, et ça marche. Les textes débouchent sur des phrases étonnantes et des chutes calibrées qui nous montrent un Jules-Edouard déboussolé, emprunté et souvent touchant, entre rêves de gosses et naturel trash.
Le déroulement suit les différents âges de la vie : « J’ai 6 ans et je voulais me porter » (…) « Ce serait bien si on pouvait se porter… Je suis capable de porter mon frère, je suis capable de porter un tabouret, je devrais être capable de me porter… » Un regard sur l’enfance où l’adulte brise souvent les rêves.
« J’ai 10 ans et j’aime bien écouter la pluie dans mon lit » avec un merveilleux passage sur Patinette, vétéran au club de pétanque. Puis « J’ai 11 ans et je quitte un instit que j’aimerai toute ma vie. Vive les communistes qui fument des gauloises » avec un hommage à « Franck Sinatra qui ne peut pas le voir parce qu’il est mort et qu’il y a un plafond… »
« J’ai 19 ans et cela fait deux semaines que je ne me suis pas lavé les cheveux… ni les pieds. » (…) « J’ai 40 ans et je change de chaussettes tous les jours », période dans laquelle il explique la fabrication de sa veste doublée en poussin et de ses chaussures en poulain et agneau… Un régal pour les amoureux des animaux… et ce jusqu’à la cinquantaine passée où les lunettes demi-lune prennent le pouvoir.
Autant de passages pseudo autobiographiques qui montrent un regard décalé et incompris sur une vie passée à toute allure. « Comme si on avait pris une cuite » !
Le spectacle amuse beaucoup fan et moins fans. Avec une préférence pour le clou du spectacle : des imitations absurdes d’Hitler, Moustic embarque avec lui le spectateur malgré une énergie loin des spectacles actuels où les comiques suent beaucoup pour parfois peu de rires, basculant tragiquement du rire dans le risible.
Drôle, humble, Moustic a posé son texte sur scène pour ne pas avoir de trou de mémoire, se sonorise avec un micro dans une salle qui n’en n’aurait pas forcément besoin. Des signes qui montrent que le comique répond à quelques règles élémentaires loin des artifices et des formatages théâtraux ou audiovisuels : celle du culot, du dérisoire et du rêve. Un état d’esprit clownesque, en somme. Crise de rire garantie.
Plus d'infos sur : Théâtre du Rond-point
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 08/12/2008