Avec Kim Hye-ja, Won Bin, Jin Ku et Je Mun - Diaphana - 27 janvier 2010 - 2h01
Et ta critique ?
Après Memories of Murder et The Host, le nouveau film de Bong Joon-ho ne déçoit pas. C'est la fête des mères!
Jeune prodige coréen, Bong Joon-ho fait fantasmer les cinéphiles du Monde entier avec son cinéma tout en décalage, d'une force visuelle inouïe. Il transcendait toute la noirceur d'un polar pour fusiller la mesquinerie de ses contemporains dans l'épatant Memories of Murder.
Il secouait la planète et les règles de l'entertainment avec le fantastique (dans tous les sens du terme) The Host et sa créature aquatique qui semait la zone à Seoul. Le succès mondial du film ne lui a pas donné la folie des grandeurs.
Mother a l'apparence d'une oeuvre plus humble. L'histoire débute dans une petite boutique de botanique où une veuve surveille du coin de l'oeil son grand fils, Do-Joon, attardé et naïf. Il accumule les gaffes et les problèmes se succèdent.
Elle reste néanmoins bienveillante. Jusqu'au jour où le gamin finit en prison. Un soir de biture, il croise le chemin d'une jeune lycéenne que l'on retrouvera morte le lendemain. Il est accusé du meurtre. La police veut vite se débarasser de l'affaire et l'avocat semble se moquer du sort du garçon.
Avec ses propres moyens, la mère va tout faire pour innocenter son fiston. Petit à petit, elle glisse sur le code pénal et ses méthodes se révèlent étonnantes...
Jusqu'ou iriez vous pour disculper votre enfant? La question est posée et la réponse s'annonce musclée. Comme d'habitude, le cinéaste profite du film de genre pour régler ses comptes avec la société coréenne. Sur le ton de l'humour, le film dépeint la lutte des classes avant de se consacrer pleinement à l'enquête.
Comme toujours, il rompt constamment le style de son film. On rit, on pleure, on s'indigne et surtout, on frémit. Memories of Murder proposait déjà son lot de scènes flippantes. Ici, c'est pareil. Un détail dérisoire permet de beaux moments de suspense. Les morceaux de bravoure ne sont pas anecdotiques. Ils troublent un peu plus le spectateur, fasciné par cette mère prête à tout pour sa progéniture. Tour à tour, elle est adorable, pathétique, machiavélique ou menaçante.
Digne, elle finit par inquiéter ou surprendre. Avec une mise en scène époustouflante, Bong Joon-ho nous promène dans un cas de conscience redoutable d'efficacité. L'humour noir, la satire sociale, le polar brutal, tout se mêle parfaitement pour composer un objet unique et attirant comme sait les faire le cinéaste coréen. Ce n'est pas très poli de dire cela mais qu'est ce qu'elle est bonne sa "mère"!