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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 Morts-vivants

Morts-vivants

Jan FABRE

Jan Fabre - Les messagers de la mort décapités - Galerie Templon - 30, rue Beaubourg - 75003 Paris - jusqu’au 24 février

Et ta critique ?




Sans précaution aucune, l’exposition commence par Le carnaval des chiens errants morts, une installation de 2006. Chiens empaillés, confettis, rubans : la fête est figée autour d’une longue table qui trace une diagonale dynamique à travers la pièce noire.


Des spirales de rubans tombent en pluie du plafond, les chiens sont coiffés de chapeaux pointus, les confettis couvrent les mottes de beurre dans lesquels certains animaux ont le museau enfoncé. Lugubre et perturbante, la mort est difficile à fixer, même sous ses atours de fête. Certains chiens lévitent au-dessus de la table, comme hésitants entre deux mondes, entre deux métamorphoses.

Le spectacle est difficile à fixer, tant les attitudes des chiens conservent un élan vital alors même qu’ils sont empaillés, raidis par la mort. Jan Favre creuse le paradoxe entre la mise en scène carnavalesque et la morbidité des corps.

Des corps, il en est aussi question dans les Sculptures et Dessins de larmes. D’irritation ou d’émotions, les larmes tracent sur le papier les contours de chemins ou de paysages.

Et elles paraissent prêtes à couler des yeux artificiels enfoncés dans les visages de plâtre des sculptures. Les corps blancs, perforés par des lames de couteaux et de haches, portent des vases de cristal et crient leur fragilité.

L’humain chez Fabre est en perpétuelle mutation, une entité organique aux fonctions imprévisibles.

Métamorphoses encore pour l’installation des Messagers de la mort décapités. Combinant une fois de plus le monde animal et le nôtre, Fabre dépose 5 têtes de hiboux sur une nappe immaculée. Le malaise se focalise dans le regard des hiboux : un regard humain, des yeux écarquillés et fixes, inquiétants et incongrus. Ces Messagers semblent des têtes humaines recouvertes d’un masque de plumes. Est-ce la part animale de l’homme ou la part humaine de l’animal que Fabre expose avec tant d’esthétisme ? La question reste ouverte.


Perrine Le Querrec

© Etat-critique.com - 09/02/2007