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Dimanche 05 Février 2012Art-scène

 Morphine

Morphine

Mikhail BOULGAKOV et Thierry ATLAN

Théâtre du Lucernaire, 75007 Paris 1h10 -

Et ta critique ?




 

« Mourir de soif est une mort paradisiaque, une mort béate, comparée à la soif de morphine ».

 

Les docteurs Poliakov et Bomgard sont des condisciples d’université. Le premier a remplacé le second comme médecin de campagne dans un village russe. Les deux hommes se connaissent peu mais s’estiment suffisamment pour qu’un Poliakov mourant décide de transmettre son journal intime à son confrère et ami afin qu’il le publie.

 

Dans ce journal, Poliakov décrit la façon dont il est progressivement emporté dans spirale de la drogue. La morphine apaise son chagrin d’amour. Ce n’est au départ  « qu’une légère habitude, ce n’est pas encore de la morphinomanie », mais Poliakov sera bientôt prisonnier de la cocaïne, « le plus malfaisant et le plus perfide des poisons ».

 

Très vite, Poliakov ne vit plus qu’à travers sa drogue ; son journal ne fait d’ailleurs qu’effleurer les événements extérieurs : sa liaison avec Anna Kirilovna, ses patients, la guerre et la révolution sont à peine évoqués.

 

Grâce au travail sobre et remarquable du metteur en scène Thiery Atlan, ce qui était au départ une nouvelle d’inspiration autobiographique de Mikhaïl Boulgakov devient une pièce de théâtre concluante et très bien ficelée.

 

Le décor et les costumes sont dépouillés mais réalistes et le metteur en scène orchestre savamment ses personnages. La répartition des rôles entre Poliakov - qui vit dans sa chair l’addiction qui le détruit - et Bomgard - qui assiste impuissant, car de façon rétrospective, à la déchéance de son camarade - est parfaitement  équilibrée.

 

Le jeu des comédiens et de la comédienne est juste. L’interprétation est sobre mais convaincante. Jason Ciarapica remplit bien son rôle d’infirmière/compagne du toxicomane, même si ce personnage est plutôt secondaire.

 

Jérémie Malavoy joue avec ses tripes : il entre dans la peau de Poliakov et semble véritablement possédé par la drogue. Mathias Mégard campe quant à lui Bomgart avec mesure et conviction.

 

La pièce est donnée au Paradis (un Paradis qui mène à l’enfer de la drogue !) , la petite salle du Lucernaire, perchée tout en haut d’un escalier en colimaçon. Or, la petitesse de la salle et son côté « bout du monde » renforce le sentiment de huis-clos avec le personnage de Poliakov.

 

Il serait dommage de passer à côté de Morphine, une pièce intelligente, fort bien jouée et agréablement mise en scène. De quoi rendre accro !

 

http://www.lucernaire.fr/

 


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 29/04/2010