Une comédie bien sadique avec Billy Bob Thornton qui, après celui du Père Noël, s’attaque au mythe du prof de gym, ça vous tente ? Comme d’habitude, il y a du bon et du moins bon mais on reste dans la bonne moyenne.
L’EPS est plus qu’un acronyme barbare pour désigner l’enseignement pédagogique de la vertu d’un corps sain pour contenir un esprit de même nature. Pour une population silencieuse d’enfants grassouillets, c’est le calvaire au sens religieux du terme.
De la position de l’opossum sur barre asymétrique (à savoir la masse corporelle dégoulinant de part et d’autre d’un point de gravité miraculeusement trouvé sur une barre ronde à un mètre du sol) à la course d’endurance qui tourne à la marche forcée dans le désert, on est loin de l’athlète grec, à peine essoufflé, exhibant fièrement un torse glabre aux muscles saillants, où perlent trois gouttes de sueur après 20 kilomètres sous un cagnard indescriptible.
Que dire alors de l’instigateur de la reconstitution in vivo de l’enfer de Dante en milieu scolaire ? Entre la compassion sarcastique, le désabusement total et la pédagogie martiale, tous ont leur spécificités propres. M. Woodcock est un prof de gym répondant fièrement à la dernière catégorie. Considérant qu’un enfant ne vaut que par ses prouesses sportives, il vilipende les plus faibles avec un plaisir non dissimulé.
C’est ainsi que, chaque année, M. Bitenbois (traduction littérale du patronyme de notre entraîneur fascisant) terrorise les nouvelles générations. Mais, quand une ancienne victime devient célèbre en faisant un bouquin qui en appelle à l’âme de tous les loosers réunis en conseillant de faire du passé table rase, il y a de quoi s’inquiéter. Le livre étant un franc succès commercial (ce qui rassure sur l’importance du public concerné), il retourne sur sa terre natale recevoir les honneurs du à son (nouveau) rang.
Cependant, à force de mettre son passé derrière soi, on passe outre certains détails, comme la romance entre sa génitrice et son pire cauchemar. A l’idée que son ancien tortionnaire devienne son beau-père, l’ancien garnement dodu, devenu métrosexuel affirmé à force de régimes douloureux, va tenter d’empêcher cette hyménée criminelle par les moyens les plus vils. Malheureusement pour lui, Woodcock ne va pas se laisser faire et va prouver qu’il n’a rien perdu de sa fougue d’antan.
Dans cette comédie familiale calquée sur " Mon beau-père et moi ", l’esprit de compétition puéril, la transmission de la faute du père et la jalousie font office de passages obligés. En ajoutant une romance absolument inutile entre l’écrivain et une jolie professeur (qui est d’ailleurs abandonnée en cours de route), on commence à douter de l’intérêt général que l’on peut porter à ce long-métrage.
C’était sans compter sur l’énergie que déploient les acteurs (Sean William Scott et Susan Sarandon) avec, en tête, un Billy Bob Thornton qui passe du coaching amoureux (School for Scoundrels) à son versant sportif en composant son rôle habituel de salaud magnifique. Sans être original, le film réussit à être divertissant. Et quelque part, c’est tout ce qu’on lui demande.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 28/07/2008