Un classique de la littérature noire à lire et à relire pour tout ce qu'il contient de malaise palpable, de perversité revendiquée et d'immoralité impunie.
Drôle de (sale) type que ce Tom Ripley. Un peu loser, un peu escroc, il vivote dans le New York sordide des années cinquante quand la chance le "frappe" une première fois : sous prétexte qu'il a croisé une fois ou deux son fils Dickie, Mr. Greenleaf aimerait qu'il se rende en Italie pour le convaincre de rentrer au pays afin de prendre sa succession à la tête de l'entreprise familiale.
Beau voyage en perspective pour Tom qui squatte dans un taudis et vit d'expédients peu recommandables. Belle vie en perspective surtout pour cet affabulateur et manipulateur surdoué qui va mettre en place un stratagème diabolique qui l'amènera à assassiner et usurper l'identité du véritable Dickie Greenleaf afin de mieux jouir de sa vie oisive et aisée.
Librement adapté au cinéma par René Clément en 1960 (Plein soleil avec Alain Delon), puis plus fidèlement par Anthony Minghella en 2000 (Le talentueux Mr. Ripley avec Matt Damon et Jude Law), ce grand classique du roman noir américain est une sorte de monument indémodable qui, plus de cinquante ans après sa sortie continue à fonctionner sur le lecteur (presque) comme au premier jour. Le secret de cette éternelle jeunesse ? Une immoralité parfaitement assumée qui fait la part belle au "héros" malfaisant et le laisse triompher, contre toute logique, des hommes et des femmes qui pourraient mettre fin à ses activités criminelles.
Après une mise en place un peu longue (et quelques approximations de traduction), Patricia Highsmith entraîne son lecteur dans une succession de situations tendues à l'extrême au cours desquelles Ripley est tout près d'être démasqué pour, chaque fois, par une pirouette audacieuse ou miraculeuse, échapper de justesse à la découverte de ses crimes et supercheries.
Mais le petit miracle réussi par l'auteur est surtout de ne jamais rendre son personnage principal sympathique au lecteur. Malgré la connaissance intime qu'elle nous en donne, il est impossible de s'attacher à ce jeune homme ambigu, schizophrène et pervers dont l'audace et la chance insolente constituent une assurance tout risque contre la justice des hommes.
Une lecture (mal)saine à recommander entre deux gentils romans de l'été, si pleins d'amour sincère et de bons sentiments...
Jo Brumaire
© Etat-critique.com - 21/06/2011