D’une file d’attente au fil de l’eau…
Les joies des grandes expositions ! Une queue de plus de deux heures d’attente. De l’énervement. Des agents pas aimables. Des passe-droits qui agacent. Bref, il n’y a rien de plus cruel que d’attendre dans la file d’attente du Grand Palais.
Heureusement, il existe le billet coupe file et votre serviteur a échappé à cela. Les petits malins se faufilent donc rapidement jusqu’à l’entrée, un dimanche soir. On n’échappera pas à la mauvaise humeur des gardiens. Juste devant le palais on est accueilli par : « on ferme à 21h45 et pas 22 heures ! ». Sympa. Avant de rêver il faudra se farcir les points de sécurité et les contrôles de billets dans une ambiance pas vraiment apaisée.
Heureusement tout change avec l’apparition de la première toile. Claude Monet est bel et bien un magicien. On plonge dans sa belle Normandie. On découvre l’effervescence du port du Havre. Les régates nous charment. Le coup de pinceau est magnifique et envoutant. L’impressionnisme submerge le visiteur dans la première partie de l’exposition.
Elle se fait au fil de l’eau. Il y a d’abord la Normandie. Farouche, insolite dans ses illustrations et bourgeoise du coté de Sainte Adresse. Sa vision des plages échappe finalement à l’étiquette du classicisme. Les unes à coté des autres, c’est un mouvement de liberté qui se dessine.
Puis l’eau stagne autour des célèbres Nymphéas. Notre regard est un peu déçu mais va vite se régaler autour de ses tableaux de la Tamise.
Monet dessine le brouillard et le soleil le plus froid. On n’a pas le droit à Impression Soleil Levant, le plus fameux de ses tableaux (toujours au musée Marmottan qui profite lui aussi du succès démentiel de l’exposition) mais ces travaux sur le décor londonien donnent le frisson.
Heureusement on aura profité aussi de son travail moins connu dans le sud de la France. On devine la découverte d’une région qu’il ne connaît mais dont il semble apprécier la lumière. Il restera tout de même plus à l’aise dans les couleurs et les plaisirs normands.
Il aimait les reflets sur l’eau, les jeunes femmes dans la nature, les natures mortes, il réussit aussi à intriguer avec ses essais sur la cathédrale de Rouen mais aussi la Gare Saint Lazare. L’homme de Giverny a travaillé avec la même subtilité sur les décors urbains que sur la nature.
Si on excepte une troisième partie un peu confuse sur ses derniers travaux (la peinture de sa femme morte, son jardin), la magie de Monet se devine et s’apprécie lorsque l’on n’a pas à se tordre la tête à cause des petits regroupements de personnes collées à leur audioguide. Avant 21h45, la nature et l’art nous ont donné leur richesse (et ce n’était pas gagné): nous arracher au réel.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 07/11/2010