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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Monday's Ghost

Monday's Ghost

Sophie HUNGER

(Emarcy-2009)

Et ta critique ?




En ce printemps 2009 si vous deviez acheter un album dans lequel vous cherchez de l’évasion, une voix féminine et une riche orchestration sur fond de folk ? Ne cherchez plus, il vous faut celui-là : Monday’s ghost de Sophie Hunger. Une des révélations de la nouvelle année.

Révélation et claque pour cet album au féminin. Pas d’autre mot pour cet album délicieusement orchestré par Sophie Hunger et produit par Marcello Giuliani, complice d’Etienne Daho, de Jane Birkin et du trompettiste Erik Truffaz. Le défi est plus que relevé. Les musiciens présents sur l’album sont ceux qui accompagnent Sophie en permanence : Christian Prader à la flûte, à la guitare et au piano,  Michael Flury au trombone, Marcello Giuliani à la basse (sur l’album). Depuis un batteur, Julian Sartorioz, et un bassiste, Balz Bachmann, sont venus compléter la formation. Et force est de constater que la formation tourne admirablement.

Installez-vous, l’album s’écoute au casque et respire l’émotion. Une justesse instrumentale qui vous laisse bouche-bée pour un premier album et ne vous donne qu’une envie : le réécouter.

Shape débute avec une guitare folk relayée par l’ombre de voix aigues et doublées à la tierce, puis par des chœurs oniriques. La folk revient seule sur un rythme calme qui prend le temps de vous laisser venir à elle. La main glisse sur le bois de la guitare. Un temps de l’écoute pour un temps de rêve. « We dream » répète Sophie en boucle. On veut bien le croire. Clappement de mains en rythmique et percussion, l’envolée opère mécaniquement, nous voilà perchés et bercés par des vagues de voix avec la pêche au ventre. 3’34 de décrochage immédiat pour une ouverture exemplaire. Un indicible bonheur.

Le plus frappant aux premières écoutes est probablement la richesse de l’orchestration, récurrente sur l’ensemble de l’album. Variée et apparaissant à des moments inattendus. Darbouka, vibraphone, claviers, cuivres, flûte traversière, violons, guitares légèrement dissonantes pour donner un son particulier, tout est là pour chatouiller l’oreille et plonger l’auditeur dans l’ailleurs.

Sophie Hunger mêle les voix en boucle pour mieux nous perdre tout en sachant revenir à des morceaux de facture plus simples comme dans Walzer Für Niemand où folk et harmonica mettent en avant une voix plus live ou encore dans Drainpipes. Birth-day, magnifique complainte accompagnée au piano, à la flûte, et au trombone en sourdine a de quoi vous donner un peu le bourdon jusqu’à la tempête des 2’30’’ où la voix passe dans le cri et vous libère d’une dépression devenue trop lourde. Voix de tête pour cœur en perdition. Ton de confidence vers les 3’40’’. 4 minutes 40 de réussite bien inspirée. Exemplaire là encore.

Les breaks sont nombreux, les changements d’instruments d’accompagnement quasiment systématiques. Pour saccader et surprendre. Pour refléter un chant pris souvent dans la tourmente des instruments. Il y a bien des morceaux plus timbrés et plus rocks comme The tourist, ou A protest song, mais c’est bien dans un chant plus émotif que l’énergie de Sophie passe le plus (Teenage spirit). Les nappes vocales appuyées de piano emportent tout. Une étonnante force vocale qui vous emporte dans l'aigu. Une élévation. Et quand la guitare souvent jouée en arpèges accompagne une voix plus douce et plus proche, celle-là n’a pas à rougir, le ton sincère de la chanteuse suffit. Ca passe, sans prétention aucune.

Voilà donc une découverte à soutenir et à écouter en boucle. Emotion et sincérité  à la clef. Monday’s ghost est une réussite exemplaire pour un premier album. Et nous, nous disons : bravo.



Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 25/03/2009