Tourner le Mal en ridicule permet d’exorciser les plaies les plus profondes de l’Histoire. Du moins en théorie, car malgré de bonnes intentions, cette farce sur le IIIème Reich demeure inégale, non pas par sa qualité, mais par son propos.
1944, l’Allemagne s’apprête à perdre la guerre. Berlin n’est plus qu’un champ de ruine et Adolf Hitler se doit d’adresser un message d’espoir à la nation. Mais le dictateur est déprimé. Il erre dans les couloirs au milieu d’une bureaucratie où l’idéologie a été noyée dans la paperasse. Dans cette atmosphère de fin de règne, ses subordonnés pensent plus à une reconversion expresse qu’à un miracle militaire.
Dans un dernier sursaut moribond, et afin de retrouver la gloire d’antan, le führer est à la recherche d’un orateur de génie qui puisse faire jaillir d’une simple phrase l’adhésion à une cause perdue d’avance du plus sceptique des germains. Car les discours ont leurs limites dans un climat de morosité générale où la splendeur autoproclamée du régime fasciste appartient au passé.
Mais nous ne sommes pas dans un drame historique comme l’avait très bien retranscrit « La Chute ». Ici, la comédie est le parti pris du réalisateur et le ressort comique apparaît quand le seul homme capable de sauver Hitler de l’humiliation publique est un acteur juif renommé retenu dans un camp de concentration.
Manipulant au mieux ses geôliers pour protéger sa famille, l’autre Adolf (prénom de cet improbable acteur en proie au plus grand cas de conscience de l’humanité) va enchaîner les séances de coaching et de psychanalyse avec une honnêteté professionnelle déroutante face à l’envie irrépressible d’assassiner l’Ennemi.
L’absurde entre alors en jeu quand, se sentant trahi par un Etat Major nazi prompt à retourner sa veste sans aucun complexe, le leader minimo va trouver un refuge précaire dans la famille juive qu’il retient prisonnière. Jusqu’au pantomime final, apogée de cette uchronie triviale, on assistera à une réécriture de l’Histoire qui en laissera plus d’un perplexe. Mais peut-être que la comédie n’était pas l’objectif de ce film…
A travers le sacrifice final, destiné à faire prendre conscience de la puissance d’une conscience libre et éclairée à un peuple embrigadé par une doctrine inhumaine, on retrouve cette vieille idée que, comme le feu, la propagande ne peut être détruite que par elle-même.
On est alors face à un dilemme moral : sans éprouver de compassion pour le personnage d’Adolf Hitler, on comprend le sens de l’expression « tirer sur une ambulance », non pas qu’une quelconque légitimité soit en cause ici. Par opposition, le Dictateur de Chaplin avait une portée comique plus forte de par sa symbolique et une caricature moins cruelle et gratuite. Il faut croire que le vaudeville ne se marie pas à toutes les situations.
Mais le plus gênant n’est pas là. Les changements de ton, accompagnés par une musique souvent solennelle, sont nombreux et déstabilisants. Le discours mal unifié provoque la perte des repères et des certitudes du spectateur. Certainement utile car complexe, le film n’est cependant ni divertissant, ni pédagogique. Comme quoi, les apparences sont réellement trompeuses.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 10/03/2008