"Mon amour
Je serai ton malheur pour l'éternité
Eric"
Dès les premiers pas dans la galerie, dès les premiers regards sur les œuvres, nous avons la sensation d’entrer dans un espace littéraire, de plonger dans l’intensité du lecteur face à la page écrite : il n’y a pourtant ici qu’une seule phrase :
"Mon amour
Je serai ton malheur pour l'éternité
Eric"
Un aphorisme perturbant, qui prend à contre courant le thème amoureux en l’alliant au malheur. Un malheur éternel. Et qui se répète dans les 32 bouches, 32 cris, 32 papiers alignés à hauteur de regard, courant le long des murs et nous encerclant, nous enfermant, nous submergeant de leurs voix. Des cris blancs. Des cris ensanglantés. Des empreintes terreuses, échos silencieux et assourdissants.
Ce à quoi l’artiste nous l’oblige, la façon dont il nous brutalise et nous empoigne, c’est la violence du commencement, le cri-être, un évènement qui s’accomplit lorsque l’œuvre est l’intensité même de celui qui crée.
Eric Pougeau mord, flirte avec la mort ; mort, mord ; il crache du sang, serre les dents : 32 répétitions pour dire l’indicible, pour saisir l’insaisissable, les mouvements contradictoire de la mort et du désir, la graphie du corps en proie à ses démons.
Le murmure géant qui parcourt la galerie, cette parole errante qui s’infiltre par nos yeux, écrit la blessure de la solitude, un vide d’une profondeur parlante, mâché, froissé, régurgité sur feuille blanche enfermée sous verre.
Un silence brutal qui prend sa source dans l’effacement de celui qui l’écrit.
« Mon amour » est un Journal de l’artiste, journal d’un quotidien dont il garde la mémoire et dont il nous dévoile l’intimité, la blancheur des cicatrices.
Perrine Le Querrec
© Etat-critique.com - 24/03/2010