Ancien journaliste, Tom Wolfe trouvait sans doute le format trop court et a donc bifurqué vers le roman. De cette première carrière vient sans doute le choix de ses thèmes : un milieu ou un phénomène de société, qui ne lui plaît pas, pour une description au vitriol.
Avec Moi, Charlotte Simmons, il s’attaque aux campus américains. Pour nous faire découvrir ce microcosme, Tom Wolfe nous entraîne à la suite de Charlotte Simmons, enfant méritante d’une petite communauté de Caroline du Nord qui, fait sans précédent dans sa petite ville, obtient une bourse d’études dans l’une des universités les plus célèbres du pays : Dupont en Pennsylvanie.
Oubliez toute l’imagerie d’excellence des campus que vous pouvez avoir ! L’université que nous découvrons avec Charlotte, élevée dans une religiosité dont les Américains ont le secret, est un lieu de perdition. Ce qu’elle découvre ? Une communauté où les rapports de classe sont exacerbés, les "beautiful people", rejetons de la haute bourgeoisie, cohabitant avec quelques boursiers qui n’ont pas les codes pour survivre au milieu de cette faune et, bien sûr, les fameux sportifs. Noirs pour la plupart, ils sont chargés de porter au plus haut les couleurs de l’université, source de revenus appréciable, l’excellence sportive étant un bon argument pour attirer les donateurs.
Les principaux centres d’intérêt de ces jeunes gens : baiser et picoler. Normal me direz-vous, à cet âge. D’accord, mais la description qu’en fait Tom Wolfe est plutôt nauséeuse et les personnages pas très sympathiques. Vierge, n’ayant jamais bu un verre d’alcool, la plongée dans ce milieu va être douloureuse pour Charlotte. Mais elle finira pas s’adapter et en intégrera les codes. Arrivée dans ce qu’elle pense être un temple du savoir, la dernière image que nous avons d’elle, c’est installée aux premières loges du match de basket de l’équipe universitaire !
Tom Wolfe s’est souvent posé en héritier de Zola et du roman naturaliste. Etudier l’être humain comme on le ferait d’un insecte, le suivre dans une voie toute tracée par les déterminismes sociaux… Si ce furent effectivement les fondements du roman naturaliste, Zola a souvent donné plus de substance à ses personnages, notamment en leur laissant la possibilité de se révolter. Mais il est vrai que Tom Wolfe se doit d’être en phase avec l’image d’auteur réactionnaire qu’il s’est choisi !
Yasmine Nemmiche
© Etat-critique.com - 13/07/2007