Fantaisie pour grands enfants, cette aventure d’une jeune anglaise dans un monde onirique est une réussite visuelle et scénaristique. Cette fable à mi-chemin entre Tim Burton et H.P. Lovecraft ravira les amateurs du genre.
Ecrivain et dessinateur anglais plébiscité par le public et la critique, Neil Gaiman est connu pour ses univers à la fois sombres et enchanteurs. Les adaptations de ses romans n’ont pourtant jamais réussi à capturer l’essence torturée de ses récits. Cette production anglaise, supervisée par l’auteur, lui rend un vibrant hommage.
L’univers du cirque a toujours marqué les esprits. Qu’ils soient synonymes de joie intense ou de peur irrationnelle, il peut toujours se passer quelque chose en ces lieux étranges où les corps se déforment au-delà des limites physiologiques concevables.
Helena et ses parents font partie d’un cirque où tous portent d’étranges masques enfantins à la signification ésotérique. Lasse de ce monde de forains, elle aspire à une adolescence normale à l’anglaise (pub, garçons et drogues). Pour s’évader, elle remplit son espace de dessins d’une cité étrange où la lumière et les ténèbres s’entremêlent. Un soir, alors que sa mère s’apprête à subir une intervention chirurgicale à l’issue incertaine, elle s’endort et rêve.
Ce rêve va la propulser en plein cœur de l’univers qu’elle s’est crée. Parmi les chats-sphinxs, les hommes-bibliothèques, les livres-papillons, les populations masquées et d’autres curieuses apparitions, son unique mission sera de parvenir à se réveiller et ramener la princesse des ombres chez elle.
L’histoire est une quête initiatique classique à destination des adolescents, la morale est traditionnelle mais c’est le traitement qui donne tout l’intérêt au film. La rêverie est contemplative et immersive grâce au perfectionnisme de chaque plan.
Ainsi, l’aspect sépia de l’image s’accorde harmonieusement avec des décors qui semblent faits de papiers et de cartons. Mais le rendu est loin d’être idyllique et chaque détail renforce l’atmosphère malsaine et troublante. C’est ce cachet particulier qui rend l’ensemble bizarrement enchanteur.
L’univers graphique si particulier de Gaiman est ainsi mis en valeur par des effets spéciaux modestes mais convaincants. Les thèmes récurrents de l’auteur sont également présents pour parfaire le tableau : l’enfance, la nécessité de lire et de créer, l’intangible frontière entre l’imaginaire et le quotidien.
Le rythme, assez lent, permet de s’imprégner de cette ambiance et fait naturellement glisser l’intrique le long d’une pente douce. Les acteurs naviguent mélancoliquement et ajoutent parfois une dose d’humour typiquement britannique aux moments les plus improbables.
Mirrormask n’est pas un grand film mais une expérience ensorceleuse dans le conte de fée pour enfants d’aujourd’hui. Un peu comme le Labyrinthe de Pan a su le faire avec violence mais avec talent. Pourquoi s’en priver ?
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 09/09/2007