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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Minuit passé

Minuit passé

Fabrice MAUSS

(Tôt ou Tard - 2010)

Les commentaires

Camille

Le 09/11/2010

J'écoute ce très beau disque depuis deux semaines et je ne partage pas votre avis, Pierre.
Dans la première chanson, on peut comprendre que Fabrice Mauss ait privilégié la poésie à la rigolade pour aborder la thématique périlleuse des SDF. Il en ressort un texte sublime qui évite tous les écueils tant dans le pathos que dans le racolage démagogue.

S'il est vrai que la poésie de "Minuit Passé" n'invite pas à se taper sur le ventre ni à danser la chenille... est-ce un manquement? Donneriez-vous les mêmes conseils aux auteurs de Bashung? Est-ce qu'il n'est pas légitime pour un artiste de ne pas se détourner de son vécu, ni de son époque ?

A la (ré)écoute, vous entendrez cependant peut-être les espoirs et les sourires dans les arrangements des compositions et les mélodies enjouées ("une douce ambiguïté" avec le propos pour reprendre vos mots). Quant aux paroles des chansons, elles ne manquent tout simplement pas d'ironie (vous savez l'humour dans sa forme pudique).

Loin de me déprimer donc, ce disque m'a touchée par sa justesse et sa sincérité, par le talent de son auteur (là nous sommes d'accord) tant dans la musique que dans l'écriture... bref par, ce qu'il provoque bien au-delà du rire: puisque, vous affectionnez les citations, j'ai bien envie de me laisser aller à la même paresse en vous citant Céline: "Au commencement était l'émotion".

Et ta critique ?




Le spleen en bandoulière, Fabrice Mauss s'installe dans la tradition d'une variété qui fait franchement la tronche.

Dans la première chanson, il ment. Fabrice Mauss n'a pas le coeur à rire et se dépêche d'installer le décor. Un piano marque le rythme et quelques instruments acoustiques accompagnent son joli mensonge qui cache beaucoup d'espoir et d'illusions.

Fabrice Mauss chante finalement la recherche du bonheur et tous les gadins que cela provoque. Défaitiste, le second morceau s'appelle C'est la vie. Il choisit une posture classique de la chanson français: une sombre inspiration et des textes inquiets.

Dans Au Paradis, il craint le jugement dernier. Dans Mademoiselle, il cherche la femme de sa vie. Dans Le chat, le temps qui passe lui fait les poches. Dans Soyons beaux, il critique l'obsession des apparences. Bref, Fabrice Mauss ne se marre pas beaucoup et puise dans ses inquiétudes.  Un peu anxiogène , le style de l'artiste.

Car il a bel et bien du talent, le bougre. Il fait la tronche sur dix chansons qui sont plutôt agréables à l'écoute. Il apparait une douce ambigüité entre la musique légère et des paroles qui feraient pleurer un haltérophile géorgien. On reconnait ici la patte de Da Silva qui produit l'album.

Les instruments sont discrets mais bien utilisés pour contrebalancer le spleen de l'auteur. Au bout de 10 chansons, on n'a pas le moral.
On est ravi de découvrir un artiste aussi sincère et appliqué.
Mais à un artiste qui chante la misère du Monde qui l'entoure, on a bien envie de lui citer George Wolinski: "L'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre"...




Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 08/10/2010