Avec Daniel Craig, Rooney Mara, Christopher Plummer et Stellan Skarsgard - Columbia - 18 janvier 2012 - 2h35
Et ta critique ?
Après le livre, le film, voici le remake hollywoodien. Sans concession, David Fincher réalise un film noir contemporain et absolument fascinant. Skol !
Finalement la seule vraie scène d’action, c’est le générique du film. Après c'est en apparence très classique, presque austère. Le générique: trois minutes bourrées d’effets numériques, de musique agressive et montage épileptique. David Fincher y exprime toute la rage qui habite la célèbre héroïne de la saga Millenium. Une visite hallucinée dans le psyché de ce personnage sombre et tellement réaliste.
Comme dans Social Network, ce qui intrigue le réalisateur c’est le rapport entre la jeune génération et la société. Comme dans son film précédent, David Fincher impose un geek en haut de l’échelle sociale. A la surprise générale.
Il a opposé le masculin et le féminin (Alien3, Panic Room). Il a opposé le vrai et le faux (The Game, Fight Club), il oppose souvent le marginal et le reste du Monde. Depuis Seven, son cinéma excelle dans la représentation d’un monde qui évolue. Même deux personnages dans le même camp s’opposent. Les journalistes de Zodiac. Les flics de Seven. Les rebelles de Fight Club. Les geeks de Social Network. Même ambition. Différentes tactiques.
Les méthodes de travail diffèrent mais en disent long sur l’époque. Millénium est un grand et long film noir qui suggère la lutte des classes et des âges. Mikael Blomkvist est un journaliste à l’ancienne. Lisbeth Salander est une enquêteuse 2.0 . L’un a encore un ego quand l’autre est une sorte de fantôme maudit, transparent et assez effrayant.
Tout le film maintient sa tension sur cette opposition de style. Le film américain (l’action se passe tout de même en Suède) arrive après le succès populaire de la trilogie en librairie et une version filmée suédoise. David Fincher en est conscient : il préfère développer le duo atypique et fascinant.
Car les deux ont une approche viscérale de leur enquête. L’un cohabite avec le danger. L’autre est prête à tout (vraiment tout) pour avoir le dernier mot, venger une existence sombre et froide ! Inutile de dire que le rôle de Lisbeth, borderline à souhait, après Noomi Rapace, révèle une actrice étonnante, Rooney Mara. D’ailleurs le casting est aux petits oignons, se nourrissant du fiel de la société, du venin de l’aristocratie, des misères du bas monde…
Plus que du bel ouvrage, le film, avec ses quelques défauts, va beaucoup plus loin que la simple adaptation. Avec sa virtuosité, Fincher connecte la fiction classique et les inquiétudes contemporaines, les frictions de deux mondes qui s’adossent. La noirceur intégrale de ce nouveau Millénium va très bien à notre époque. Fincher pourrait être le premier grand cinéaste américain du XXIe Siècle.