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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 Meurtre par omission

Meurtre par omission

Jean-Pierre KLEIN

Mise en scène de Philippe Adrien - Avec Agathe Alexis, Anne de Broca et Nicole Estrabeau - Théâtre L’Atalante - 10, place Charles Dullin 75018 Paris - Tél. 01 46 06 11 90 - Jusqu'au 10 décembre 2008

Et ta critique ?




Au Théâtre L’Atalante, Jean-Pierre Klein aborde un sujet dramatique difficile, l’euthanasie, et signe une pièce digne, interprétée par trois actrices formidables.


Trois soeurs. L’une, dans le coma, est veillée par sa cadette. Prévenue, l’aînée, qui vit à l’étranger, est rentrée précipitamment en France et la rejoint au chevet de leur soeur. Retrouvailles. Stupeur devant ce soudain malheur. Incompréhension. Qu’est-il arrivé ? Nul ne le sait. Ingestion de médicament ou... réaction spontanée, psychosomatique, à un autre drame survenu quelques semaines plus tôt ?

Un autre drame ? Quel drame ? D’abord nié, puis évoqué à demi-mot, il peine à se frayer un chemin jusqu’à la lumière, jusqu’à l’aveu. Il s’agit du décès du père. On l’a cru naturel, on le découvre “assisté”. Par Claire justement, celle des soeurs qui est dans le coma. La culpabilité, peut-être ?

Elle a eu raison affirme la cadette ! Papa souffrait d’une maladie dégénérative, il se sentait perdre pieds, il en souffrait affreusement, il a demandé à Claire de l’aider, elle l’a fait par amour. Elle devait refuser, répond l’aînée. On n’a pas le droit de donner la mort !

Avec sensibilité et intelligence, le texte de Jean-Pierre Klein touche à ce thème porteur de tant d’interdit, de non-dit, de déni : l’euthanasie. Rien d’insistant ou de pesamment démonstratif dans le huis-clos qui réunit les trois soeurs pour le meilleur et pour le pire. Il fait au contraire la part belle à la raison et aux sentiments. Il est ici avant tout question d’amour. Amour de l’autre. Amour de celui qui souffre et pour lequel se pose la question de savoir s’il faut intervenir... ou refuser d’intervenir, ce qui est une autre manière de ne pas rester indifférent à la souffrance.

La respiration difficile, les mouvements imperceptibles et les gémissements douloureux de Claire ponctuent le dialogue entre les deux soeurs qui, au fil des heures, des accusations, des réconciliations, des (in)compréhensions vont se rapprocher et renouer avec une tendresse oubliée depuis l’enfance.

Captivant, presque hypnotique, Meurtre par omission résonne avec une formidable justesse. Si le mérite en revient sans doute pour une part à l’auteur, il faut rendre hommage à l’extraordinaire trio d’actrices souvent poignantes qui nous entraînent irrésistiblement à sa suite dans ce questionnement crucial.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 29/11/2008