Jean-François Richet signe un premier volet efficace de la biographie de Jacques Mesrine incarné par un grand Vincent Cassel. On attend la suite avec impatience.
Projet de longue haleine - le producteur Thomas Langmann l'avait déjà évoqué avec Vincent Cassel en 2001, lors de la sortie de Sur mes lèvres de Jacques Audiard -, Mesrine "le film" est enfin sur les écrans - pour la première de ses deux parties - avec une distribution digne de l'ambition affichée par ses promoteurs.
En s'appuyant sur les deux autobiographies de Jacques Mesrine, L'instinct de mort et Coupable d'être innocent, le dyptique de Jean-François Richet s'offre le luxe de prendre le temps d'explorer la personnalité complexe (et son évolution dans le temps) d'un homme qui aura défrayé la chronique de son époque et assumé durant de nombreuses années le rôle d'ennemi public n° 1 officiel de la République.
L'instinct de mort, titre du premier volet, est consacré aux années de jeunesse d'un Mesrine de retour d'Algérie où il a devancé l'appel pour s'engager volontaire. La vie civile rangée qu'il retrouve à Paris ne lui convient guère et ses anciennes relations ont tôt fait de lui ouvrir de nouvelles perspectives dans un petit banditisme minable et sans envergure. Mais Jacques est doué et, rapidement, l'appétit lui vient et le culot - ou l'absence de scrupule - qui va avec.
Tourné avec vivacité, densité et un évident savoir-faire en matière de film d'action, cette première partie ne s'embarrasse pas de temps morts ou de réflexions métaphysiques. Mesrine est dans l'action (mauvaise action, en l'occurrence) permanente et dévoile au fil de ses pérégrinations les différentes facettes d'un homme à son aise dans l'escalade de violence qu'il suscite plus souvent qu'il ne la subit.
Cambriolages, braquages, flirt avec le proxénétisme, prison, exil au Canada, braquages à nouveau, prison, évasion, cavale… En une grosse décennie passée en revue tambour battant, mais sans manichéisme simplificateur, Jean-François Richet démontre que le film de gangster made in France (car c'est de bien de ça dont il s'agit) peut être redoutablement efficace.
Pour preuve le tenace sentiment de déprime qui submerge le spectateur au sortir de ces presque deux heures de violence incessante, nourrie d'elle-même et du mépris absolu de l'autre. L'affaire est bien engagée, reste à L'ennemi public n° 1 à confirmer cette réussite cinématographique à la hauteur - une fois n'est pas coutume - du bruit médiatique qui l'entoure.
Joel Fomperie
© Etat-critique.com - 30/10/2008