Merlin ou la Terre dévastée, ou comment on crée un monde, et on assiste impuissant à sa perdition...
C'est l'histoire de Merlin, fils du Diable, qui décide de créer un monde de paix pour contrer son père. Ainsi apparaissent les héros que nous connaissons tous : les Chevaliers de la Table Ronde, Perceval, Gauvain, le Roi Arthur, Lancelot, la Reine Guenièvre...L'âge d'or de Camelot. Les temps de paix, le goût de l'aventure. Une bande de copains qui se réunissent. On joue, on aime, on se taquine gentiment. Merlin, figure messianique de la pièce de Dorst, couve son monde d'un regard paternel. Une véritable histoire d'amour, d'amitié et de loyauté autour de ce groupe de joyeux lurons.
Et puis, comme disent les Rita Mitsouko, ''Les Histoires d'Amour finissent mal'', ce monde coloré bascule d'un seul coup dans la noirceur. La quête du Graal devient une envie de se démarquer du groupe, de conquérir seul la vie.
La décadence de Kaamelott débute donc. Jusqu'à sa perdition, à sa fin si triste. On se déteste, on se tue, on ne peut plus aimer, on pleure, on crie.
Le Mal a vaincu, les héros ne sont plus, ils sont vieux, malades, morts. Bousillés, écrabouillés par leurs rêves.
Kaamelott est devenue une utopie impossible. Ce monde si lointain, nous paraît tout d'un coup si proche, et au fond il nous fait nous poser la question : est-ce que le monde dans lequel nous vivons ne serait pas, au même titre que Kaamelott, une terre dévastée ?
Le collectif des Possédés de Rodolphe Dana nous présente ici un théâtre fait de bric et de broc, et fait renaître avec une scénographie très minimaliste tout un monde. Ce sont des enfants qui décident de jouer aux chevaliers. " Nous avons pensé que cette bande de chevaliers, ce pouvait être nous, notre collectif, notre désir de vivre, de penser, de croire, et de créer ensemble ", écrit Rodolphe Dana, directeur des Possédés, qui joue ici Merlin. On n'incarne pas les personnages, on les met à distance, on s'identifie à eux, on s'amuse : les comédiens s'amusent, l'improvisation étant de rigueur dans cette pièce. C'est un théâtre vivant, inventif, qui donne envie de monter sur scène et d'aller jouer avec eux.
Une très bonne soirée en perspective !
Mention spéciale pour les comédiens (même s'ils méritent tous la mention) Nadir Legrand (Mordret, le roi d'Ecosse), magnifique en meurtrier fragile, Laurent Bellambe (Le Diable, Kaï, Gahériet), très beau Diable dandy, et of course Rodolphe Dana (Merlin) qui donne à cet enchanteur une figure du démiurge et du metteur en scène sur le plateau même, du théâtre dans le théâtre à la Brecht en somme.
www.colline.fr
Catherine Sibylle
© Etat-critique.com - 29/12/2009