Pour les fans seulement : ce live expérimental du pourtant excellent Boogaerts est assez indigeste si on n’a pas vu le concert et/ou entendu l’album "I Love You"…
… ce qui en fait était doublement le cas de votre serviteur en écoutant ce disque en public.
Résumé : pendant toute la saison 2009/10, Mathieu Boogaertset le bassiste Zaf Zapha ont donné des concerts, presque tous les mercredis, à la Java, donc, petite salle un peu désuète du 10e arrondissement.
Formule minimale pour un chanteur minimaliste : jusque-là pas grand-chose de surprenant, sauf que Mathieu dans le même temps jouait aussi avec une formation complète, mais a finalement choisi de sortir le disque de la Java. Ca s’appelle un pari artistique, pour un artiste qui aime être « en recherche ».
Et c’est là, que pour un non-initié, le bât blesse. Je suis pourtant fan des premiers albums du bonhomme, de ses textes délicieux, de sa philosophie très bouts de ficelles, de ces ritournelles qui ont l’air toutes simples sans l’être vraiment (Mathieu est un très bon musicien), de ce côté expérimental Souchon et de ces guitares alternant country, reggae, funk et Afrobeat.
Le seul problème tient en deux mots : le son. Très très brut de décoffrage, à tel point qu’on entend à peine les textes dans les premiers morceaux. Un mixage très étrange, où la guitare bouffe la voix, sans doute voulu, reproduisant les effets du live, vous savez, quand au début on entend comme un fouillis sonore puis que les choses se décantent peu à peu. C’est un peu ce que l’on ressent à l’écoute de ce disque.
Autres désagréments : on entend souvent rire le public, qui réagit à des gags visuels qu’on ne peut bien sûr pas comprendre vu qu’un disque s’écoute et ne se voit pas, sauf si bien sûr on est allé au concert. Alors bien sûr ça donne une impression sympa, mais un peu frustrante aussi.
Visiblement d’après les échos des concerts les deux compères étaient très complices, se répondaient, se surprenaient. Ici, on entend bien les chœurs intempestifs de Zaf Zapha, mais ils sont plus braillés que chantés, pas toujours très justes musicalement , et le côté expérimental dans le traitement des chansons (une guitare électrique + une basse, des adaptations harmoniquement plutôt libres des morceaux) dessert les morceaux plus qu’il ne les met en valeur : le refrain de L’Espace , une des meilleures chansons du bonhomme, est un véritable massacre.
Le duo alterne chansons anciennes et nouvelles, c’est-à dire celles de l’album "I Love You", très axé sur le rythme et la batterie. Or, ici, forcément, point de drums. Vous me direz c’est justement le challenge, jouer sans batterie des chansons écrites à partir de riffs de batterie. Le problème c’est que le challenge est raté, surtout si on ne connaît pas les titres d’ "I Love You". On perd les mélodies de chansons qui déjà en studio sont sur le fil du rasoir mais fonctionnent justement là-dessus.
Ca a au moins l’avantage de mettre en valeur les textes assez rigolos et très rythmés des nouvelles chansons, même si le côté je chante en Anglais avec un énorme accent français peut faire rire au début puis énerver à la longue.
Dans ce fouillis sonore, seule surnage une version solo de la belle valse Dommage, superbe chanson d’amour jouée en solo.
Pour un disque qui en compte seize, c’est un peu mince…