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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Mensonges d'état

Mensonges d'état

Ridley SCOTT

Avec Leonardo DiCaprio, Russell Crowe, Mark Strong et Ali Suliman - Warner Bros - 5 novembre 2008 - 2h

Et ta critique ?




Les affiches faisaient un peu peur. Leonardo DiCaprio avec son flingue. Russell Crowe avec son oreillette. Des tons bleutés pour faire moderne. Une écriture rouge sang. Etrangement on pensait plus à Tony que Ridley Scott. Erreur.


Tony est un gros bourrin touchant ; Ridley maîtrise beaucoup plus son art. Auteur de chefs d’œuvre des années 80, il est devenu un artisan curieux et habile mais qui n’a jamai su faire dans la nuance.

Le voir s’intéresser aux conflits du Proche Orient avait de quoi faire peur. Heureusement, le film nous cueille avec un personnage étonnant joué par Di Caprio. Cet acteur choisit judicieusement ses rôles et prouve encore que l’on peut mener une carrière sans idolâtrer (uniquement) le box office.

Roger Ferris est donc un agent de la CIA. Il parle arabe et connaît bien la culture de la région. Il est chargé par le placide Ed Hoffman de mettre la main sur un terroriste qui se cacherait en Jordanie.

Comme cela, ca a l’air simple mais Ferris doit jongler entre une hiérarchie bornée et des Jordaniens pointilleux. En plus il s’amourache d’une infirmière iranienne. Bref, sous tension, la vie de Ferris va devenir un enfer.

Pourtant ce héros n’est pas un grand patriote décidé à imposer la démocratie avec une mitraillette. Au contraire, il devient de plus en plus effrayé par le cynisme des Américains et surtout la méconnaissance du terrain.

A ce niveau, Rusell Crowe est épatant et empaté pour jouer un responsable de la CIA qui décide du sort de certains tout en vivant sa petite vie d'américain moyen. Ca fait froid dans le dos.

Le film n’est pas un pamphlet sur la politique extérieure américaine mais le film donne à réfléchir. Ce n’est pas rien pour ce genre de thriller souvent réduit à de l’action made in USA et des méchants clairement identifiables (barbus).

Si le scénario s’étire inutilement, le cinéaste se passionne pour son personnage central qui ne se ménage pas (la violence de certaines scènes éclate à la figure du spectateur) et nous avec. Entre prises de vue omniscientes et scènes d’action filmées caméra à l’épaule, Scott parvient à montrer la complexité et l’enjeu qui se cachent dans les déserts du Proche Orient.

Même si le film est calibré pour une audience large, on dit merci et on aurait presque envie d’applaudir l’absence d’étroitesse d’esprit. Les temps changent en Amérique.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 04/12/2008