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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Memory almost full

Memory almost full

Paul MCCARTNEY

(Mercury - 2007)

Les commentaires

Luc

Le 13/06/2007

Super bien balancée la critique ! Intelligente, motivée et reflétant assez bien l'opinion générale autour de cet album assez bien réussi.

eric

Le 13/06/2007

Egratigner Elton John ça ne me dérange pas; minimiser les roles de John Lennon et de George Harrison dans la période 66-70, ça me dérange déja un peu plus!

sir hill

Le 14/06/2007

Stanislas, merci de cette critique intelligente qui formule en termes clairs le sentiment confus que j'ai depuis le début sur cet album dont je n'attendais rien tant le précédent m'avait plu : c'est un très bon album, qui fait du bien aux oreilles et me donne envie d'écouter à fond quelques vieux wings !

Mónica

Le 12/10/2007

Busco a Stanislas Morel, pero no sé si es usted.

Et ta critique ?




« ONLY MACCA KNOWS »
Qui aurait pu croire il y a 15 ans que l’artiste joufflu à vestons zébrés qui se produisait en famille sous le nom de Paul McCartney sortirait coups pour coups en 2005 puis 2007 deux albums aussi indispensables que « Chaos and Creation in the Backyard »  et « Memory Almost Full » ?

Qui aurait imaginé que celui qui chantonnait l’inoffensive « Hope of Deliverance » en 1993 au milieu d’une clairière assisté de l’abominable Hamish Stuart pourrait encore écrire et produire une chanson aussi ambitieuse que « Mr. Bellamy », pop song baroque tout en escalier harmonique  et contrechants ?

Qui aurait pu deviner qu’en 15 ans, Paul McCartney allait en perdre 25 et redécouvrir ses ambitions d’artiste ?

Car en effet, à écouter les albums auto-complaisants de père de famille que l’ex-Beatle a réalisé pendant les années 90 (le bien raté « Off the ground » et le plutôt réussi pour fans « Flaming Pie »), on aurait pu facilement oublier que McCartney est un des plus grands innovateurs du rock, responsable de la partie la plus créative de la carrière des Beatles (66-70) et seul exemple d’assimilation réussie de la black musique 70’s par un artiste blanc (écouter tout Wings).

Dans « Memory Almost Full » le célèbre gaucher continue donc le travail d’auto-réhabilitation entamé (et parfaitement réussi) avec « Chaos and Creation in the Backyard » en 2005.

Si la production n’est certes pas aussi riche et réussie que celle dont le génial Nigel Godrich avait habillé l’album de 2005, l’écriture de l’ancien Wings reste quant à  elle à l’improbable hauteur de son prédécesseur.

Pour preuve, les réjouissantes « Feet in the Clouds » et « Vintage Clothes », pop songs à tiroirs où l’anglais vient narguer l’esprit du Brian Wilson des années 66-67 en déclinant les idées et les images au fur et à mesure de chansons à rebondissement terriblement séduisantes.
Ou encore « Dance Tonight » et « That Was Me » dans lesquelles le gaucher inspiré réveille les fantômes endormis de ses débuts en solo, hurlant  avec une ardeur presque oubliée (« That Was Me »),  maniant mandoline et mélodie avec une aisance déconcertante (« Dance Tonight »).

Suivent sans complexe « Ever Present Past » et « See Your Sunshine » qui ravivent quant à elles la flamme des plus belles heures de l’album « Pipes Of  Peace » de 1984.
Mais c’est surtout le trio magique « Only Mama Knows », « You Tell Me » et « Mr. Bellamy » qui marque définitivement l’album d’un coup de baguette magique et mystérieuse.
Dans « Only Mama Knows », McCartney ose assembler une introduction toute en violons digne de ses  meilleures œuvre en compagnie de George Martin en 1966 (« Love in the Open Air » ou « Eleanor Rigby ») avec un glam rock urgent et mélodique qui  aurait mérité de détrôner « Junior’s Farm » de la face A du single des Wings de 1974.

Ensuite, « You Tell Me » se déroule sur un parterre de bandes inversées comme un fil de fer barbelé folk cherchant probablement à enlacer la future ex-Madame McCartney d’une sincère et superbe  mélancolie, loin des slows sirupeux du passé.
Et enfin « Mr. Bellamy », précédemment évoquée, laisse l’imagination de son auteur vagabonder de toits en toits, au gré de personnages dont chaque intervention  est ponctuée par un collage musical différent.

Au final, malgré quelques faiblesses sympathiques (« Gratitude » et « Nod your Head ») McCartney réussit un album exigeant et surprenant, impensable il y a 15 ans. Et il rappelle à ceux qui auraient osé la comparaison avec quelques chanteurs anglo-saxons fades et vieillissants se prénommant Elton, qu’évidence mélodique et ambition artistique peuvent encore parfaitement aller de paire.

Et « A la fin de la fin », on redécouvre pourquoi les Beatles ont tellement plus comptés en leurs temps que l’ensemble de leurs concurrents réunis.


Stanislas Morel

© Etat-critique.com - 13/06/2007