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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Melancholia

Melancholia

Lars VON TRIER

Avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland et John Hurt - Les films du Losange - 10 aout 2011 - 2h10

Les commentaires

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Le 10/09/2011

Melancholia de Lars von Trier

Menuet fatal

Le traitement de la fin du monde par Lars von Trier ne laisse pas indifférent. S’éloignant des blockbusters, il traite le sujet en lui donnant le goût d’une fable poétique et dramatique.
Après une introduction exhalant un romantisme teinté de morbide, l’humeur de notre héroïne, Kirsten Dunst, se délite au fur et à mesure que la menace se précise. Elle tente bien de donner le change devant les invités de son propre mariage mais finalement la dépression la submerge. Le couple naissant n’y résiste pas et le flot de sa douleur emporte le bonheur convenu. La dépression est la plus forte comme cette planète, Melancholia, qui exécute un dangereux pas de deux avec la terre.
Mais la terre n’est pas la seule victime, la raison aussi sort vaincue de ce menuet. Le gendre, scientifique aux certitudes bien campées, et qui incarne ici la raison, fini par être vaincu dans cette danse lascive entre les planètes. L’intuition de sa belle-sœur est bien plus clairvoyante que les certitudes du monde scientifique. Il est vrai que le réalisateur fait dire à l’héroïne qu’il n’y a rien attendre de la vie car « ici tout est mauvais ».
Le film est subtilement rythmé par un montage prenant le partie d’une caméra alternant des plans fixes ou à l’épaule, suggérant la quiétude ou la menace.
Dans ce monde ou les faux semblants alternent avec le désespoir, le malheur comme le bonheur bégaient. Le refuge se trouve alors dans le règne du monde animal, incarné par des chevaux, qui a l’approche du dénouement final s’apaisent, et dans la nature – apparemment paisible - mais tout aussi inquiétante. On peut évidemment être gêné par le nihilisme apocalyptique de l’auteur. Ame sensible s’abstenir.
L’attitude de la mariée, « insensée » aux yeux de notre scientifique, préfigure en fait le destin de tous. En nous confrontant à l’expérience d’une mort certaine, il fait appel à notre humanité, et nous invite à livrer les clés de la vie.
Mais pour Lars von Trier, il semble qu’elle n’ait pas d'issue, au final : le manoir est un linceul d’où personne ne peut s’échapper (ni à cheval ni en voiture). Malgré quelques sursauts, la fatalité d’un destin tragique domine. Et dans le plan final, à la beauté cruelle et frappante, il finit d’achever sa démonstration d’un cinéma dans la pleine puissance de ses moyens et dans le constat désabusé du monde. Beau film à la beauté vénéneuse.

http://www.jeanboye.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=22&Itemid=57

Melancholia
Date de sortie cinéma : 10 août 2011
Réalisé par Lars von Trier
Avec John Hurt, Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg
Long-métrage français, danois, suédois, allemand.
Genre : Science-fiction, Drame
Durée : 02h10min
Prix d'interprétation féminine : Festival de Cannes 2011
Synopsis : À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...

Et ta critique ?




Comme souvent avec Lars Von Trier, difficile de juger le film sur un simple « J’aime » ou « Je n’aime pas ». Le temps doit faire son œuvre. Ce n’est jamais facile à digérer un film de Lars Von Trier. Il y a dans Melancholia de très gros morceaux à avaler  à base de Wagner et de fin du Monde.


Cependant il est certain que Melancholia n’a rien à voir avec le terrifiant Antichrist, film d’horreur dépressif et toujours incompréhensible. Cela aurait dû être passionnant, ca s’est révélé prétentieux. Sa dépression l’enferme dans un nihilisme douteux et référentiel.

Avec Melancholia, il joue encore avec le film de genre : le film catastrophe. La fin du Monde est proche : une planète fonce droit sur la Terre. Une jeune femme triste, Justine, se marie. La réception est un fiasco. Elle perd en une soirée son boulot et son époux.

Cela ennuie plus sa sœur, Claire, qui doit gérer un papa volage, une mère antisociale, un mari radin et une cérémonie ennuyeuse. Les névroses s’accumulent et les catastrophes sont d’abord intimes. Justine n’appartient plus au Monde qui l’entoure. Sa sœur tente de la ramener sur Terre mais elle s’enfonce inexorablement dans un spleen dangereux.

Comme dans Festen, le mariage devient l’instant de rupture et de vérité. Dans une seconde partie, réalisateur impose cet état de dépression avec l’imminence de la destruction de la planète. La déprimée s’accommodera du drame mais pas son entourage…

Petit génie du cinéma, Lars Von Trier nous entraîne dans un cauchemar sensationnel : on devine et ressent vraiment les craintes des personnages. Pour réussir son coup, Lars Von Trier utilise ses coups habituels (grosse musique pompeuse, caméra Dogme, acteurs sous tension). Cette fois ci, il semble néanmoins faire du cinéma.

Il utilise le genre à ses fins mais le respecte. La première partie est encore une dénonciation sépulcrale de la médiocrité des hommes. Le malaise persiste au fil des minutes. L’état cafardeux de l’héroïne s’impose au reste du Monde. Le second acte est nettement plus fictionnel, cherchant l’émotion et une vraie vision originale de la très cinématographique « Fin du Monde ». Le lyrisme s’exacerbe de façon étonnante.

Un peu comme Terence Malick, Lars Von Trier a la tête dans le cosmos mais il se prend moins la tête dans une métaphysique sinueuse et complexe. Le Danois désespère toujours autant mais semble apprécier à nouveau de faire du cinéma. Misanthrope, il énerve mais cinéaste, il passionne.

Il nous propose deux superbes actrices, Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, des magnifiques images et un peu d’originalité. Pompeux parfois, le film parvient à une vraie poésie lugubre.

Dans certaines scènes, on le sent encore en convalescence mais le réalisateur de Breaking the waves provoque à l’écran de manière plus convaincante que dans ses conférences de presse. Maintenant, le temps donnera son verdict sur cette nouvelle insaisissable expérience de Lars Von Trier.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 21/09/2011