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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Megalopolis

Megalopolis

Herbert PAGANI

(Magic Records – 1972)

Et ta critique ?




L’hiver approche et les fêtes apportent leur lot de douces utopies. C’est la meilleure ambiance pour écouter cet opéra rock des temps joyeusement beatnik, par un chanteur maudit qui mérite mieux que l’indifférence.

Il y a quelques temps, le farfelu Francis Lalanne a voulu reprendre la comédie musicale Megalopolis sur une scène parisienne. L’échec fut cuisant et c’est bien normal : Megalopolis à la comédie musicale ce que Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil est au cinéma ! Une œuvre des années 70.

Sur deux disques, Herbert Pagani organise la fin du monde pour l’an 2000, inspiré visiblement par Ravage de Barjavel. Une date où le libéralisme a pollué toute la planète qui va se venger avec un final apocalyptique et orchestral. Les rêveurs seront sauvés. Les matérialistes seront condamnés.

Le discours est chimérique et sent bon l’idéal hippy. Avec ce disque, on a envie de plonger dans les bonnes bandes dessinées des années 70 avec Spirou en pattes d’ef et toutes les héros de l’école belge comme Bidouille et Violette. On pense à l’esprit gaulois et rebelle de Jean Yanne.

Italien, Herbert Pagani régale l’auditeur d’une orchestration de haute volée et joliment kitsch. Entre variétés et pop (on pense plus d’une fois à T.Rex), sa musique est exaltée et passionnée. Elle ajoute une valeur ajoutée au plaisir léger que provoque cet album concept. A une époque où l’on s’enthousiasme pour la pop colorée et décomplexée de Mika, il faudrait faire un tour dans l’univers grandiloquent de Pagani !

Pagani a un sens cinématographique de la musique. Il met parfaitement en scène sa critique visionnaire d’une société obsédé par la sécurité et le profit. Emphatique, ses chansons sont aux portes du ridicule (appréciez le machisme du chanteur) mais l’insistance du musicien impressionne et impose le respect.

Car le coté « amoureux des hommes, des animaux et de la nature » est aussi primaire que sincère. Tout n’est que cliché ici (on rit beaucoup) mais surtout le disque possède une incroyable énergie réellement touchante.

Bien sûr on ne pleure pas (sauf en cas de fous rires) mais il y a une vraie fraîcheur liée aux idéalismes de ce début des années 70. La caricature et la critique sont rétros mais permettent de voyager dans le temps. Ce voyage permet en tout cas d’oublier les fades comédies musicales qui viennent abîmer nos oreilles depuis Notre dame de Paris. Megalopolis réussit à faire sourire nos oreilles et ça, ce n’est pas banal !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 05/12/2007