Hommage au vainqueur du dernier festival d'Angouleme. Difficile de ne pas saluer son oeuvre phare totalement atypique.
Œuvre unique et surprenante, Maus se veut à la fois une bande dessinée consacrée à la Shoah et une mise en abîme de la relation de l’auteur avec son père, Vladek, lui-même rescapé de cette période tragique de l’Histoire. Première de son genre à aborder un sujet si difficile, la parution de son premier volume en 1987 a été un coup de tonnerre dans le monde de l’édition. Le second volume, publié en 1992 obtenant même le prestigieux Prix Pulitzer, consécration unique dans les annales de la bande dessinée.
Pourquoi ce phénomène ? D’abord parce qu’évoquer cette période est toujours un exercice délicat. Ensuite parce que cette évocation prend pour la première fois la forme incongrue d’une BD. Enfin parce que non content de se concentrer sur son sujet central (la biographie de son père entre 1930 et 1945), Art Spiegelman n’hésite pas à rythmer son récit d’évocations autobiographiques qui en font l’un des acteurs centraux du livre.
Liberté supplémentaire, plutôt que d'opter pour un réalisme classique, Spiegelman choisit l'anthropomorphisme animalier pour mieux distinguer ses personnages : les Juifs sont des souris, les Nazis sont des chats et les autres des cochons. Idée surprenante mais efficace qui fait la part belle à l'émotion brute, encore amplifiée par le traité en noir et blanc dans de petites vignettes oppressantes.
Le résultat est saisissant. Dès les premières cases, le lecteur est happé par l'histoire de personnages dont il va partager le sort tragique sur plusieurs années. Du bonheur tranquille des années 30 à l'horreur totale de la mise au ban de la société puis à la déportation et à l'extermination. Ce n'est pas un ouvrage d'analyse historique froide et raisonnée que propose Art Spiegelman, mais une sorte de biographie familiale aux personnages "réels". Son père, Vladek, sa mère, Anja, son frère né bien avant lui et mort en bas âge, empoisonné par sa tante pour lui éviter de tomber entre les mains des Nazis qui venaient les arrêter… La galerie de portraits et de tranches de vie fait naître une irrésistible empathie et une émotion sincère.
Joel Fomperie
© Etat-critique.com - 12/02/2011