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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 Master Class

Master Class

Terence MC NALLY et Didier LONG

Théâtre de Paris 15 rue Blanche 75009 Paris Depuis le 9 septembre 2008

Et ta critique ?




Marie Laforêt reprend « Master Class » au Théâtre de Paris. Une égocentrique fragilité. Une leçon de vie pour une leçon d’art.


Nous sommes en 1972. La Callas donne sa dernière leçon à la Julliard School of Music. Elle a perdu sa voix et sa tumultueuse vie a laissé d’indélébiles traces. Conscients de l’énorme opportunité de cette Master Class, les étudiants d’art lyrique viennent chercher le conseil et le regard d’une diva à l’incroyable carrière. Dans la salle, Terrence Mc Nally, qui deviendra chroniqueur lyrique au New York Times, prend des notes. Il attendra plus de 20 ans pour retranscrire ses notes en pièce de théâtre : Master Class. En 1995, la pièce est un grand succès à Broadway. En 2000, la pièce est jouée par Marie Laforêt avec une nomination aux Molières à la clef.

« Master Class » pour Master Callas. La Maîtresse d’art Callas étonne par un cynisme et un humour ravageur. Les réparties sont tranchantes et quand les élèves s’imposent un peu trop la diva reprend la main : « ce n’est pas un compliment » répète-t-elle pour mieux les maîtriser. Rien n’est acquis et tout est en mouvement. Le texte prend souvent des airs de comédie. Comédie de situation avec tous les personnages qui viennent à sa rencontre.

Le technicien qui doit répondre aux caprices de la star, le spectateur accusé de ne pas avoir de « look ». Le pianiste interprété par Frédéric Rubay qui n’est pas reconnu par une diva fantasque qui navigue parfois entre deux eaux, celle de la folie et de la passion.

Puis successivement avec les étudiants. Leïla Benhamza qui s’attaque à l’air d’Amina de La Somnambula de Bellini, interrompue à la première note ; Maud Darizcuren qui se lance dans Lady McBeth de Verdi après avoir été comparée à un vampire ; ou avec le délicieux ténor Juan Carlos Echeverry, pour une scène de marivaudage qui fonctionne à la perfection - sans doute la plus réussie - grâce à une interprétation culottée en parfaite écoute avec le jeu de Marie Laforêt. Opération séduction garantie sur la Tosca de Puccini.

Si le texte et la mise en scène s’appuient beaucoup sur le cynisme et le narcissisme de la cantatrice, les mots  laissent entendre de jolies phrases sur le chant comme cette métaphore sur les voyelles et les consonnes – « les voyelles chantent et les consonnes donnent le sens » - ou encore ces artistes qui sont « les pieds dans le ruisseau et les yeux dans les étoiles ». Le texte est celui d’une passionnée forcément excessive, forcément entière.

Le plateau vide renvoie à la mise à nu de la Callas qui se dévoile sur sa vie passée par brèves intermittences. Si Madame Laforêt maîtrise à merveille les échanges pendant plus de deux heures, et notamment les réparties tranchantes, elle se laisse aussi emporter par des moments d’émotion à l’écoute des chants des étudiants qui la projettent dans les douloureux souvenirs de la diva. L’osmose fonctionne à merveille.

Il y a bien quelques moments de mise en scène peut-être maladroits comme ces échanges en avant-scène entre la Callas et ses amants qui ne sont pas rapidement compréhensibles. L’ensemble reste néanmoins de très bonne qualité. Un bon moment de théâtre mené par une comédienne toujours soucieuse de plaire, pétillante et plus mordante que jamais. A voir.




http://www.theatredeparis.com/


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 08/10/2008