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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Masques

Masques

Claude CHABROL

Avec Philippe Noiret, Robin Renucci, Benrandette Lafont et Anne Brochet - MK2 - 1987

Et ta critique ?




Petit hommage à Chabrol dans notre petite visite des années 80. Adorant gratter le vernis de la "haute", il fustige dans Masques la télévision et ses petits marquis.


Après les aventures truculentes de l'inspecteur Lavardin, Claude Chabrol est très en forme. Il voit d'un mauvais oeil la télévision et va le faire savoir avec un film redoutable et un drame fascinant.

En grand admirateur d'Hitchcock, Claude Chabrol se lance dans une grande dénonciation des faux semblants. Et qui a t il de plus faux qu'un présentateur vedette (tiens je vois Delarue le compatissant s'enfuir sur son scooter?)?

A l'époque, TF1 est privatisé et les sentiments deviennent un spectacle rentable pour la télévision, adepte de la confession intime, nourrie de la détresse sociale, amoureuse de la compassion bienpensante.

Philippe Noiret est une sorte de Jacques Martin qui aurait tous les tics de Jean Pierre Foucault ou de Jacques Pradel. Il anime une belle émission qui fait sourire les vieux. Christian Legagneur est aimé de tous et il semble aussi s'aimer beaucoup.

Il convoque l'écrivain Roland Wolf pour rédiger sa biographie. Ce dernier s'étonne du train de vie de la star et surtout il fait des recherches un peu trop approfondies au gout de Legagneur...

Chabrol tape très fort sur les riches de cette décennie. L'argent facile. Les signes extérieures de richesse. On pense à Jacques Séguela ou Bernard Tapie, ces icônes des années 80, sûrs d'eux et gagneurs à tout prix! Philippe Noiret se régale en conjuguant séduction et cynisme.

L'enquête de l'écrivain entraine le film dans le glauque et la mesquinerie, qui ont toujours passionné Chabrol, chroniqueur cinglant de notre bourgeoisie. Noiret glisse doucement dans la vulgarité et le sordide.

Ca dézingue à tout va et Chabrol n'y va pas de main morte. Heureusement: Masques reste l'un des meilleurs films français de cette décennie. La mise en scène est purement illustrative mais le scénario est riche.

Si Noiret fait le show, Chabrol n'oublie de brouiller les pistes autour de l'écrivain, parfaitement joué par Robin Renucci. On devine la cible du cinéaste mais les pigeons sont nombreux à voler dans son film. Les personnages sont étranges et inquiétants. Tous, sans exception. Même l'oie blanche, Anne Brochet, pourrait se révéler dangereuse.

Le film se termine sur un numéro de haine et de destruction, qui pourrait surgir dans n'importe quelle émission de télévision. C'est drôle et cruel. Chabrol s'accroche à son point de vue carnassier. Un cinéaste avec un point de vue? Il va nous manquer, Chabrol!

Phrase culte: "Mesdames et messieurs, il ne me reste plus qu'une chose à vous dire, du fond du coeur: je vous emmerde"


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 23/09/2010