Nous ne sommes pas familiers de la culture
chinoise brassée par l’exposition des Masques Nuo mais leur impressionnante
forme nous secoue.
Le musée Jacquemart-André se trouve à la lisière
des beaux quartiers Parisiens, non loin
de la station Miromesnil, dans un hôtel particulier du plus bel effet. Pour
accéder à l’exposition, il faut traverser un jardin et laisser crisser ses
chaussures sur du gravier.
Ensuite, vous montez au premier étage et vous
entrez dans trois salles relativement petites, aux murs tendus de noir, à
l’éclairage uniquement conçu pour mettre en valeur les cent masques qui s’ y
trouvent. Sur les murs, on peut lire des informations sur ces masques.
Ces textes nous informent que les masques Nuo
servaient en Chine pour exorciser les démons. Ces cérémonies ont ensuite donné
lieu à des processions mais également à des pièces de théâtre. Et puis, de l’exorcisme, ces masques ont vu leur
signification évoluer vers la célébration des céréales et autres produits de la
terre.
N’empèche… Dans ces trois salles obscures, ces
masques redeviennent effrayants. Quand ils sont beaux, ils sont aussi d’une
expressivité remarquable. Leurs traits sont parfois tordus et des crocs
menaçants sortent de leurs bouches.
Bref, si vous avez des enfants en bas âge et si
vous pensez qu’il s’agit d’une promenade du dimanche après-midi, vous risquez
d’être déçu. Bébé va pleurer. Les masques reprennent leur fonction première et
ont la même beauté rugueuse que les sculptures africaines qui fascinèrent
Picasso ou Apollinaire.
Nous sommes vraiment dans une logique d’art
premier.
Les salles ne sont pas immenses et nécessitent
de chaque visiteur un certain recueillement. Les personnes qui évoquent ce
qu’ils ressentent à voix haute, cassent l’ambiance en racontant des choses pas
forcément intéressantes. Quand l’espace est aussi restreint, on a l’impression
que des inconnus crachent dans votre bol de soupe.
Quand vous achetez votre ticket d’entrée à la
caisse, une gentille hôtesse vous propose un livret de visite de 1 euro cinquante.
Il est conseillé de vous en munir car il vous permettra de mieux appréhender
une culture un peu lointaine.
Il est à noter que le jour de ma visite, une
procession de touristes chinois passionnés par le fait que la France rende hommage à une
partie de leur patrimoine, s’apprêtait à prendre d’assaut l’exposition. Cela
m’a rappelé ces touristes américains qui viennent à Paris et se nourrissent au
Mac Do, avant de boire un café au Starbuck.
Autrement dit, voyager c’est bien mais c’est
encore mieux quand on retrouve ses repères à l’étranger.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 12/06/2007