Découvrez ou redécouvrez l’univers de Jérôme Charyn à travers l’adaptation en bande dessinée du premier opus de la saga policière d’Isaac Sidel.
Cette bande dessinée est signée par l’auteur lui-même et par le talentueux dessinateur Jérôme Rébéna.
Isaac Sidel est l’un des plus grands flics de New York. C’est le chef, le patron. Un dur craint tant par les truands que par les autres policiers. Mais Isaac a une fille, Marylin, qui lui cause bien des soucis.
Cette croqueuse d’hommes, plusieurs fois divorcée, a jetée son dévolu sur Manfred Coen dit Zyeux bleus, bras droit d‘Isaac. Qui ne l’entend pas de cette oreille.
Au même moment, un gang de jeunes délinquants - les Sucettes - s’attaque aux proches du superflic et se livre à des actes de vandalisme dans les endroits qu‘il fréquente. Il n’en fallait pas davantage pour mettre Isaac le Pur hors de lui.
Marylin la dingue est le premier épisode d’une saga policière délirante dont New York fournit le décor. Jérôme Charyn y décrit un univers baroque qui fait cohabiter le polar et la culture juive.
On y trouve toute une galerie de personnages hauts en couleurs tels celui de l’indic albinos qui vit cloîtré dans une salle de cinéma ou celui du petit voyou chinois qui joue au ping pong comme un dieu (bien qu’on lui ai cassé les doigts). Il y a aussi les Guzmanns, une redoutable tribu de maquereaux péruviens aux origines marranes et le flic juif Barney « Cow boy » Rosenblatt dont les hommes, que l’on surnomme « les corbeaux », s’opposent à la brigade des « anges » d’Isaac.
Le scénario de Jérôme Charyn est idéalement servi par le trait charbonneux de Frédéric Rébéna.
Le dessin naïf et sombre de ce rare dessinateur (tout du moins dans le domaine de la bédé) s’accorde à merveille avec le New York 70’s du roman. La grosse pomme devient une ville déliquescente peuplée de figures grotesques. Un monde de cauchemar et de rêve influencé par l’expressionnisme allemand de Georges Grosz. Les couleurs sourdes et un peu dures se marient bien avec le reste. On admire aussi la manière dont Rébéna dessine les jolies femmes.
Marylin est craquante avec ses cheveux de jais et ses yeux noirs cernés d‘ombre. L’œil s’attarde volontiers sur ses formes comme sur celles d’Ida Stutz, la maîtresse d’Isaac.
Enfin, il y a le talent de Charyn, sa capacité à croquer un « petit » monde peuplé de personnages complètement fous. Son univers tient du conte yiddish et du réalisme merveilleux des écrivains sud américains. A quoi s’ajoute le polar.
Franchement, on espère que le tandem Charyn - Rébéna poursuivra sa collaboration.
Gilles Sendek
© Etat-critique.com - 15/01/2011