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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Mary & Max

Mary & Max

Adam ELLIOT

Gaumont - 30 septembre 2009 - 1h30

Et ta critique ?




Ils sont moches. Ils ont peur de tout. Ils sont maltraités. Ils sont désespérés. Mary & Max sont formidables !


Mary est une petite australienne pas très jolie, vivant dans la banlieue de Melbourne. Elle n’a pas d’ami à part un petit voisin grec qui bégaie. Sa mère passe ses journées une cigarette à la bouche et un verre d’alcool à la main. Le papa se cache dans sa cabane pour empailler des oiseaux. A l’école, on lui pique son pique nique et on fait pipi dessus.

Mary se cherche un ami et envoie une lettre à un inconnu. Cela tombe sur Max Horowitz, 44 ans, obèse et paranoïaque. New yorkais, il vit enfermer avec ses animaux, une vieille voisine et un ami imaginaire.

Secoué par des crises d’angoisse, Max ose répondre à la fillette et leur correspondance entre les deux continents va durer des années…

Mary et Max ne sont vraiment pas beaux. Les traits sont caricaturaux. Les déplacements sont disgracieux. L’animation souligne les lourdeurs et la laideur des êtres.

Adam Elliot, le réalisateur, a une vision sombre de l’humanité. Il nous épargne rien : on a droit aux constantes flatulences du héros. Tout le monde est moche. New York est une ville crade. Dans les banlieues australiennes, les gens ne sortent jamais au delà de leur jardin. Chacun se vautre dans la médiocrité. Ca pourrait faire peur.

Heureusement l’amertume du cinéaste se mélange à un humour chaleureux. Mary et Max pourraient être effrayants : ils sont bouleversants. Le miracle de l’animation se produit. L’artifice révèle l’humanité. On s’attache à ses deux paumés solitaires.

Mary et Max sont deux solitudes marqués par un destin qui ne leur fait pas de cadeau. Le sort s’acharne lourdement sur eux. Le refrain est connu mais le couplet épistolaire surprend car il tient la route.

L’échange de courrier aurait pu donner un aspect répétitif au récit. Les lettres sont drôles et délirantes. Les deux héros s’interrogent sur leur cas et le Monde qui les entoure.

La solitude de Mary et la maladie de Max révèlent les ratés de l’existence avec une innocence salvatrice et une ironie cruelle. La déprime devient agréable. La pâte à modeler moule un mal être poétique et insolite.

On devine la beauté chez les laids et le film nous propose un humanisme déviant qui se conclura dans un final étonnant. Mary & Max arrache le film d’animation à ses habitudes. Avec une identité aussi forte, il est fort probable que le genre se soit découvert son Woody Allen. Il est possible que ce film révèle un vrai auteur !



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 12/10/2009