Les « Chroniques de San Francisco » reviennent, pour le huitième tome des aventures de Michael, Mary Ann et les autres. Ils nous avaient manqué, mais ce « Mary Ann en automne » valait le coup d’attendre...
Ah, les « Chroniques de San Francisco » : voilà une saga que l’on envie les autres de ne pas avoir encore lue !
Pour ceux qui ne sauraient pas encore ce que sont ces chroniques, écrites par l’américain Armistead Maupin, il s’agit de la vie d’un groupe d’amis à San Francisco, des années 1970 à aujourd’hui. La plupart sont gays et, quand commence l’histoire, ils vivent à Barbary Lane, et louent une chambre à Mme Madrigal. En voilà, une drôle de logeuse, qui accueille ses locataires avec un joint collé sur leur porte en signe de bienvenue !
Très vite, on vibre, on s’émeut au gré des aventures des différents personnages. Ils deviennent les frères ou les sœurs qu’on n’a pas eus, la mère, la confidente ou l’amie qu’on rêverait d’avoir. L’histoire est bien posée, le style précis et simple, et chacun peut s’y retrouver. Les plus vieux, ceux qui ont connu Stonewall, les premières gay pride et la fierté d’être homosexuel(le), qui signifiait quelque chose à l’époque.
Un peu plus tard, tous, de près ou de loin, ont été atteints par le sida et ses conséquences : les amis qui partent trop vite et qu’on pleure, en attendant le prochain malade. Ma génération a connu cela, mais aussi la dépénalisation de l’homosexualité (merci, François Mitterrand !). Aujourd’hui, après le PACS, le nouveau combat, comme aux Etats-Unis, c’est le mariage gay.
Bref, les « Chroniques de San Francisco » dressent un panorama de l’histoire homosexuelle depuis plus de 30 ans, avec ses luttes, ses combats, ses victoires et ses impatiences.
Mais c’est aussi bien plus que ça : le début de l’âge adulte, les premières grandes histoires d’amour, qui appartiennent à tous, homos comme hétéros, la vie professionnelle qui nous absorbe, le monde qui change (écolo et politiquement correct aujourd’hui, épris de liberté et hippie hier), les enfants que l’on fait ou que l’on regrette de ne pas avoir eus, la mort qui touche ceux qu’on aime, la solitude aussi.
Dans ce dernier épisode, elle est bien loin, la Mary Ann ambitieuse, qui rêvait d’être une très grande journaliste de télé. Mary Ann va avoir soixante ans, son mari la trompe avec sa « coach de vie », et elle est atteinte d’un cancer. Elle va revenir vers Michael, Mme Madrigal et les autres, pour lesquels aussi le temps a passé.
Si le tome précédent, « Michaël Tolliver est vivant », sonnait moins juste, un come-back pas trop réussi, ce huitième épisode est chargé d’émotion, de tendresse et de mélancolie. Face à la mort qui approche, qu’a-t-on fait de sa vie ? Que reste-t-il, au fond, de toutes ces années, qui ont passé si vite ? Seuls l’amour et l’amitié sauvent la mise. Rien d’autre n’importe, au bout du compte. Et, une fois de plus, on a envie de vivre avec eux cette conclusion, main dans la main, ou en les serrant dans nos bras. Merci, Michael, Anna Madrigal, Mary Ann et les autres…
Marie Léon
© Etat-critique.com - 17/08/2011