Nanars, chefs d'oeuvre, séries B, curiosités... Etat Critique vous offre une rétro de la décennie écoulée tout en dvd. Aujourd'hui, le plus beau portrait d'un doux dingue américain, très loin des biopics standardisés!
Lorsqu’il arrive à l’écran, on est surpris : Andy Kaufman débarque dans le générique pour nous dire que le film est déjà terminé. A peine le film débute, que le comique tente de nous faire croire à un mensonge. L’idée du réalisateur est bonne. On rigole mais Kaufman s’accroche à sa blague : il fait tout pour nous convaincre de partir. Et puis il s’en va.
Il laisse le spectateur devant un écran noir. Le vide total. Le néant absolu. Du rire, on passe à l’attente. Bien entendu que le film va démarrer mais Milos Forman donne le ton. Il ne fera un biopic d’une neutralité historique mais un film sur un doux anarchiste, qui aspirait la réalité dans de joyeux délires.
Depuis ses débuts en Tchécoslovaquie, Forman est un cinéaste obsédé par la liberté. Ce concept bizarre qu’ont défendu le génie Mozart ou le pornographe Larry Flint. En découvrant la vie du comique américain Andy Kaufman, Forman observe encore la liberté et ses dangers comme la marginalité ou la folie ! En tout cas, c’est cette liberté qui va faire de Kaufman, un personnage étonnant dans les années 70.
Tout petit, Andy inventait des histoires. Il y croyait dur comme fer. Et il faisait tout pour que les autres y croient aussi. Même s’il fallait défier l’autorité parentale. Andy Kaufman, en grandissant, a continué dans les cabarets à monter d’incroyables pipeaux extravagants.
Il surprend George Shapiro, un agent pour comique ! Ce dernier trouve un boulot pour Kaufman dans un série à succès. Mais le comique préfère provoquer son public, ses amis et ses amours. La fiction ne l’intéresse pas vraiment.
Il veut surprendre les gens et chahuter avec eux. Aussi fait il le catcheur contre des femmes. Il taquine la conscience américaine et ses tabous. Il renverse les conventions avec d’énormes supercheries. Mais avec toutes ses idées délirantes, Kaufman se perd un peu. Même lui ne semble pas savoir qui est vraiment Andy Kaufman ?
Milos Forman et ses scénaristes (les mêmes qui ont écrits Ed Wood) nous permettent d’observer un électron libre dans une société américaine facilement conservatrice. Le héros traverse les scandales qu'il invente, avec une naïveté confondante et salvatrice.
Pour lui, la vie ne doit être qu’une vaste blague, un grand jeu et un beau mensonge. Kaufman a eu ainsi plusieurs vies. Jusqu’à sa mort (35 ans), il s’enfermera dans ses fictions, mêmes dans les moments les plus douloureux de son existence.
Œuvre magistrale sur le faux et l’usage du faux, le film dépeint l’insoutenable légèreté de l’être avec un humour malicieux et une énergie débordante. Comme le film, Jim Carrey est décomplexé, clown enfin triste et brillant. En prêchant le faux, Kaufman courait après ses vérités. En abordant ce thème, Forman rend hommage à toute l’ambiguïté du cinéma !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 12/02/2009