Avec Gerard Depardieu, Yolande Moreau, Miss Ming et Isabelle Adjani - Ad Vitam - 21 avril 2010 - 1h30
Et ta critique ?
A la vitesse du mammouth, la poésie peut se découvrir dans l'apparente misère. Une touchante hymne à la liberté!
L'image est moche. Gérard Depardieu a un affreux méchant look. Le grain de la pellicule est granuleux. Ca ressemble au film de vacances des années 70. Le soleil s'imprime soudainement sur la pelloche. Cela donne un effet hasardeux et un peu triste.
Gérard Depardieu a les cheveux longs et gras. Il a un bide qui lui tombe sur les genoux. Son regard est proche du bovin et souvent son souffle de géant épuisé par l'existence s'entend lourdement.
Auteurs et acteurs chez Groland, Benoit Delepine et Gustave Kerven restent dans la France d'en bas lorsqu'ils réalisent en duo des films. Leurs farces sont cruelles parce que justes et désespérées.
L'image de Mammuth semble être sale et notre monument national, Gégé, a beau être en mauvais état, le film devient rapidement un rayon de soleil. Yolande Moreau est une caissière qui ne comprend rien à la flexibilité. Adjani est un fantôme statique. Poolvoerde et Bouli Lanners jouent parfaitement les pauvres types. Anna Mouglalis est une fausse handicapée.
A la poursuite de quelques papiers pour obtenir sa retraite, Serge alias Mammuth fait des rencontres pas toujours heureuses mais qui, liées les unes aux autres, proposent un joli décalage existentiel.
Notre Gégé tout cassé redevient ce comédien sensible où la force et l'émotion accouche d'une belle légèreté. Le constat social est dur mais les deux auteurs y découvrent des absurdités qui font jaillir une vraie poésie loufoque et salvatrice.
Le road movie dans la France profonde devient ubuesque. les pavillons sans âme cachent des artistes. Les marginaux ne sont pas malheureux. Les simples d'esprit ne sont pas des cons. Comme à leur habitude, Delepine et Kerven célèbrent la différence et l'asociabilité. Anticonformiste, le film est un joli doigt tendu au mainstream et aux préjugés.
Regard mélancolique sur la vie, le travail et l'amour, le film soigne les cadres pour faire ressentir la tragédie de l'existence, la petitesse des autres, la médiocrité de soi même. Mais aussi la liberté, ce sentiment qui ronge toutes nos actions même lorsqu'on est un retraité paumé, blasé et mal embouché.
Mammuth, avec ses triviales provocations, est une belle comédie sensible et vibrante. D'un animal si poilu et gras, on n'en attendait pas tant!