Comédie musicale à succès, il ne fallait pas longtemps pour que des producteurs en manque d’idées décident d’en faire une adaptation ciné. Pourquoi tant de haine ?
Rares sont ceux qui ne connaissent pas le répertoire des quatre Suédois du groupe ABBA. À moins d’avoir soigneusement évité les mariages ou autres soirées à thèmes chapeautées par un DJ sans imagination. Pour ceux qui n’ont pas eu cette chance, pas besoin de cours de rattrapage. Pas besoin de ce film non plus, accessoirement.
Cela se passe en Grèce (la Suède, c’est froid). Une noce se prépare et la mariée semble fébrile, même si son jeune crétin de fiancé imberbe n’en est pas la cause. Non, elle rêve que son père la conduise jusqu’à l’autel. Toutefois, l’identité de son géniteur reste un mystère grâce à une mère qui a largement profité de la libération sexuelle des années 1960.
Elle invite donc trois candidats potentiels pour les départager au finish. Comme l’histoire ne méritait pas un long-métrage, les acteurs vont pousser la chansonnette de temps à autre. Et c’est dans ces sombres moments que l’on se rend compte que chanteur et comédien sont des métiers très différents.
Si l’on se rappelle avec émotion de l’âge d’or d’Hollywood et de ces comédies musicales entraînantes, ici on nage en plein cauchemar. Les trois alternatives paternelles sont surtout venues pour prendre des vacances au soleil. Du coup, ça ne se foule pas vraiment et ça recycle beaucoup.
Pierce Brosnan fait du charme, Colin Firth se complait dans le stockage rectal d’ustensile de nettoyage des sols et Stellan Skarsgard s’est fait avoir par son agent qui lui promettait un drame sur la paternité dans le berceau de la civilisation.
Le sexe dit faible se devait de remonter le niveau. Heureusement, c’est un peu le cas. Si l’on excepte le jeu outrancier de Meryl Streep et le regard d’Amada Seyfried qui nous fait douter si l’on va assister à un mariage ou à un sacrifice rituel. On pourra trouver une certaine homogénéité dans un casting qui ne craint pas vraiment le ridicule.
Pour un film tourné en été dans les îles helléniques, l’ambiance est à la détente (les acteurs ont, eux aussi, besoin de vacances). Dommage que l’équipe technique se soit également assoupie avec la chaleur. Certes, en présence d’une construction arbitraire autour de morceaux sans rapport les uns avec les autres, on ne va pas se plaindre du fait que le résultat soit fonctionnel, gratuit et téléphoné. En fait si, d’autant que le principal est raté, lui aussi.
Avec une intégration des passages musicaux dans l’histoire qui rend hommage à l’œuvre de Jackson Pollock, on écope d’une compilation de clips qui rappellent ceux des chansons de karaoké. Vous savez ceux avec le cheval blanc, le coucher de soleil, le mec très musclé et la blonde qui vont irrémédiablement finir par se vautrer dans le sable…
Globalement, entre les quelques blagues pour faire glousser la quinquagénaire et un esprit hippie — plus nostalgique que référentiel — qui survole le long-métrage, mais s’écrase un peu plus loin, pas de quoi s’infliger ça. À moins d’être fan d’ABBA d’un certain âge, non cinéphile et probablement sous emprise de stupéfiants avant la projection.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 08/09/2008