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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 Maintenant ils peuvent venir

Maintenant ils peuvent venir

Arezki MELLAL

Du 10 au 26 mai - Théâtre des Abesses - adaptation Arezki Mellal - mise en scène, scénographie Paul Desveaux

Et ta critique ?




Arezki Mellal a adapté son magnifique roman "Maintenant ils peuvent venir". Le bouleversant récit d'un algérois qui veut vivre libre en dépit de la pression familiale et surtout de la montée barbare de l'intégrisme religieux. Un texte qui dit tout de l'Algérie des années 1990, dans l'espoir qu'elles ne reviennent pas !
 


Il n'a pas su couper le cordon. Sa mère met à profit son diabète pour être toujours souffrante - "le diabète, ce n'est pas une maladie, c'est une tare. Une porte ouverte sur d'autres maladies" - et pour faire subir à son fils un odieux chantage affectif. Et pourtant il veut vivre libre. Même s'il refuse de tout quitter pour cela, de quitter son Algérie natale qu'il chérit.
 
"La mer peut être fière. Je ne sais pas comment sont nées ses autres filles, Naples, Athènes ou Beyrouth, mais, se promenant autour du bassin, la mer a déposé ce collier sur ce rivage, au creux des collines, avant de rejoindre, toute nue, l'océan aux colonnes d'Hercule. C'était sa dernière parure, Alger."
 
Il l'aime tant l'Algérie, il est tellement fier d'être méditerranéen, et à ce titre d'aimer la vie et la fête, qu'il ne peut se reconnaître dans ces barbus qui sèment la terreur dans le pays. Il ne peut se résigner à aller à la mosquée uniquement parce qu'il y est contraint, il ne peut se résoudre à ne plus boire ou à renoncer à fréquenter les femmes de son choix.
 
Arezki Mellal prend le prétexte d'un individu et de ses proches (en particulier les femme) pour décrire la situation désespérée d'un pays et l'état d'esprit d'une partie de sa population qui refuse de se soumettre.
 
L'auteur dit beaucoup de choses de son pays : la nonchalance, la dérision comme arme de rebellion, l'envie de départ, la pesanteur de la bureaucratie, le poids de l'armée, la condition des femmes, l'intolérance de l'intégrisme, la peur, le raffinement dans la cruauté...
 
Paul Desveaux met plutôt bien en scène ce magnifique texte, et parvient à restituer la farouche, la rebelle, la courageuse joie de vivre des personnages. Il réussit également à garder intact le rythme de l'écriture et à nous transporter en Algérie avec un décor dépouillé (des murs à la chaux et un simple frigo dans un coin).
 
Si l'on apprécie certaines trouvailles du metteur en scène, comme l'utilisation de petits films vidéo illustrant les propos ou les souvenirs du narrateur... on goute moins les mouvements quasi-dansés qu'il fait parfois adopter à ses comédiens. On regrette aussi un peu que Fabrice Cals (le narrateur), prononce trop les "e" et que sa diction trop parfaitement articulée manque parfois de naturel. 
 
Il n'empêche que l'adaptation retranscrit fidèlement la force d'un texte poignant, et que les comédiens réussissent à créer une émotion palpable.
 
Et pour ceux qui n'auront pas la chance d'aller aux Abbesses voir la pièce, ils peuvent encore courir chez leur libraire pour lui commander, et recommander, "Maintenant ils peuvent venir".


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 28/05/2007