Nanars, chefs d'oeuvre, séries B, curiosités... Etat Critique vous offre une rétro de la décennie écoulée tout en dvd. Aujourd'hui, retour sur une chronique grandiloquente de l'Amérique!
Comment une mère de famille peut tuer son fils en lui tirant dans le ventre, alors que ce dernier venait juste de se balancer par la fenêtre pour en finir avec la vie ? Coup du hasard incroyable ? Avec un art certain du sophisme, une voix off va nous démontrer que ce fait divers étonnant répond à une logique implacable.
Ca pourrait être idiot comme propose mais l’explication est donnée par Paul Thomas Anderson, réalisateur rare mais virtuose. Il ferait passer Martin Scorsese pour Max Pecas. Avec lui, ca virevolte. La caméra est omnisciente. Il transcende le discours par une mise en scène délirante.
Il arrête ainsi rapidement son cours brillant sur le destion pour passer à la pratique. Magnolia devient alors un kaleïdoscope de petites histoires, qui rappellent le film de Robert Altman, Short Cuts.
Des hommes et des femmes se croisent, s’ignorent et pourtant partagent les mêmes douleurs. Un vieil homme meurt. Sa femme, beaucoup plus jeune, court après des médicaments. Le fiston du veil homme gagne sa vie en faisant " respecter la bite ". L’infirmier de l’homme malade va tenter de joindre le macho virulent !
Ailleurs un présentateur qui a le cancer tente de renouer le contact avec sa fille. Junkie, cette dernière a tapé dans l’œil d’un policier pas très futé. Un jeune garçon souffre de son statut de petit génie quand il doit participer à l’émission du malade.
Donnie connaît le problème : enfant, il était une star parce qu’il connaissait tout sur tout. La foudre l’a transformé en adulte stupide. Désespéré, il va craquer. Comme tous les autres personnages de ce film choral comme on dit chez nous !
Boogie Nights retournait comme un gant de toilette l’hypocrisie de la société amércaine. Paul Thomas Anderson sait se servir de son talent pour révéler les mystère de ses contemporains. Il se moque des longueurs et des lenteurs dans Magnolia. En trois heures, il impose une fresque intime sur les Américains.
La force du film vient donc de l’unique mise en scène qui empile intelligemment toutes les histoires pathétiques qui se déroulent à Los Angeles, ville décidément étrange. Racontant une tragédie américaine, le film s’interroge sur la filiation et la fatalité.
Moderne, Anderson emprunte au fantastique et même au video clip avec une utilisation nouvelle de la musique. Grand huit visuel, Anderson gomment les préjugés, la fausseté des images et des apparences et le film ébranle les jugements hâtifs.
Il offre au cinéma une grande actrice. Déjà présente dans le film d'Altman, Julianne Moore devient d'une grande exigence. La suite va le prouver. Sa carrière, comme Anderson, est exemplaire.
On peut se poser des questions sur la morale du film mais au fil du temps, Anderson a fait preuve d’une intelligence rare, racontant l’Amérique de divers points de vue, de la comédie (Punch drunk love) à la fresque historique (There will be blood). Magnolia révélait définitivement un grand cinéaste américain. La roublardise a disparu au profit d’un talent hors norme, offrant de l’inédit et de l’émotion.
Pour Julianne Moore et PT Anderson:
Hannibal de Ridley Scott (2001)
Punch drunk Love de PT Anderson (2003)
The Hours de Stephen Daldry (2003)
Loin du Paradis de Todd Haynes (2003)
Les fils de l'homme de Alfuonso Cuaron (2006)
There will be blood de PT Anderson (2008)
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 29/01/2009