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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Magique étude du bonheur / Fais un voeu !

Magique étude du bonheur / Fais un voeu !

Vincent CESPEDES

Editions Larousse - Collection Philosopher- 238 pages

Et ta critique ?




Vincent Cespedes publie Magique étude du bonheur. Un écrit pour comprendre la mécanique du bonheur dans notre société moderne. Inégal mais pas inintéressant. Sociologique oui, philosophique… Mais qu’importe, Cespedes est heureux !


Vincent Cespedes s’attaque à un thème qui historiquement en a fait philosopher plus d’un : la recherche du bonheur, de Montaigne à Pascal en passant par Rousseau ou Alain… S’il n’existe aucune recette le concernant, c’est ce qui en fait un magnifique thème philosophique, l’état de bonheur a encore de beaux jours devant lui.

Car si Vincent Cespedes en prêche la mécanique à partir d’exemples cinématographiques ou poétiques, aucun concept nouveau ne se dégage de l’écriture. La pensée de Vincent Cespedes s’essaie à plusieurs formes qui font de l’ouvrage un ensemble protéiforme mais qui enfonce souvent des portes ouvertes,  sans prendre de pas de côté ce qui pourrait éclairer autrement l’état de bonheur.

Vincent Cespedes n’échappe pas à la difficulté de l’état de bonheur : en décrivant le bonheur à travers des gens qui respirent le bonheur, je ne prêche que des convaincus capables de décrypter les signes du bonheur. Le serpent se mord la queue. Mais comment ouvrir les yeux à ceux qui ne le voient pas ? Comment l’analyser ? La magique étude du non-bonheur est éludée.

Le livre commence d’abord par une forme dialoguée avec Zéon,  un être issu d’un delirium tremens dont on apprendra qu’il est issu d’une drogue thaïlandaise (zeone). Le dialogue est plutôt mal écrit et pénible à lire. Zéon offre la possibilité aux vivants que nous sommes de réaliser un vœu. A travers ce prétexte, Cespedes nous apprend que le bonheurisme capitaliste est artificiel… A l’heure de la crise, la pensée a un léger goût de retard à l’allumage. Le pamphlet qui en découle fait, ceci dit, du bien par où ça passe, fable de Florian sur le Cheval et le poulain à l’appui. Mais sans plus, sans mise en perspective avec les courants de la pensée économique sur le triomphe de la cupidité et les enjeux actuels…dommage.

L’écrit s’appuie alors sur des analyses cinématographiques assez fines et sur une analyse de Rimbaud qui sont probablement les parties les plus intéressantes de l’ensemble. On sent un Cespedes passionné par Rimbaud et une Pauline « Poppy » Cross qu’il érige en modèle lui permettant d’articuler sa pensée. Cespedes se perd dans Rimbaud, après avoir parlé de son père qui lui martelait étant petit : Comment écrire après ça ? Cespedes montre qu’il peut… Le titre Magique étude du bonheur est une référence aux Derniers vers« J'ai fait la magique étude - Du bonheur, que nul n'élude », rien que ça… Malheureusement les analyses semblent arriver là comme un cheveu sur la soupe sans articulation déductive ou inductive sur l’état de bonheur.

Ce qui en découle est plutôt inquiétant, comme une forme de fatalisme dictée par le JE qui pourrait selon son éducation et ses rencontres basculer facilement ou non dans le Je(u). S’il n’existe pas de recette, c’est que le bonheur ne dépend pas de ma volonté mais de ma faculté à me laisser porter par le bonheur, de ma faculté à savoir observer le monde, à y être attentif. Une bonté et une bienveillance naturelle qui me permettent d’avoir l’œil qui frise et de répandre mon onde de charme - que Cespedes oppose à l’onde de larmes. Le bonheur est un autre, à moi de le faire germer avec l’autre. Mais nous n’avons pas tous la même réactivité face à l’autre, échopraxie ou choc. L’ « humeur champagne » est en nous, laissons-la se débrider… On sent bien de quel côté se situe Cespedes qui ne commandera à Zéon qu’un café…

Si les différentes analyses abordées sont loin d’être inintéressantes, on regrettera qu’il n’y ait pas davantage de mise en perspective avec l’histoire philosophique du bonheur (une ligne moqueuse sur Pascal…) et surtout une conclusion qui permette de définir clairement la version du bonheur selon Cespedes et non selon Poppy. On reste largement sur sa faim. Grâce à ce livre nous savons que Cespedes est heureux… Tant mieux. Et après ? Il nous manque quelques lignes de théorie pour éclaircir la pensée…

Beaucoup de pistes et de descriptions pour une célébration du Je(u) qui ne s’avère peut-être finalement être que la célébration d’un JE… ? Seule solution : rencontrer Cespedes !


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 27/04/2010