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Jeudi 09 Février 2012Musique

 Magical Mystery Tour

Magical Mystery Tour

The BEATLES

(Parlophone - 1967)

Et ta critique ?




Après la mort de leur manager Brian Epstein en août 1967, les Beatles, quelque peu désemparés, se lancent dans un nouveau projet sous l'impulsion de Paul McCartney. Il s'agit d'un film musical et psychédélique, Magical mystery tour, relatant les aventures d'un car et de ses passagers, lancés dans un voyage à la destination inconnue...

Le film, réalisé par les Beatles eux-mêmes (principalement par Paul), contient 6 nouvelles chansons, qui sortent en Grande-Bretagne en décembre 1967 sous la forme d'un double 45 tours EP (Extended Play). Aux Etats-Unis, la filiale d'EMI, Capitol, a la bonne idée de créer un nouvel album en mettant les 6 chansons sur une face et les 5 autres titres sortis en single en 1967 sur l'autre face : c'est sous cette forme que "Magical mystery tour" est disponible aujourd'hui.

George Martin, producteur des Beatles, se souvient : "Ils étaient dans leur période où ils faisaient confiance au hasard. Je les ai plus ou moins laissés faire ce qu'ils voulaient. Certains sons n'étaient pas géniaux. D'autres étaient brillants. I am the walrus était bien organisé, c'était un chaos organisé. Je suis fier de ça. Mais il y avait aussi du chaos désorganisé dont je ne suis pas très fier".

Effectivement, un titre comme I am the walrus est une réussite incontestable : Lennon déverse des paroles "incompréhensibles" dans la plus pure tradition du nonsense anglais, mais qui créent néanmoins chez l'auditeur des images inquiétantes, le tout sur une rythmique implacable, renforcée par une des plus belles orchestrations jamais écrites par George Martin. Le hasard est effectivement intervenu ici, puisqu'on entend à la fin de la chanson un extrait d'une pièce de Shakespeare diffusée par la BBC, captée par hasard sur une radio présente lors du mixage. Mais à côté de ce nouveau coup de maître, se trouve également un instrumental comme Flying, beaucoup plus banal et sans grande imagination.

Magical mystery tour, la chanson qui ouvre l'album, tient parfaitement son rôle en invitant l'auditeur de manière dynamique à suivre les Beatles dans le voyage. Vient ensuite une des plus belles ballades de Paul, The fool on the hill, l'histoire d'un fou dont tout le monde se moque. "En général, on crache sur les sauveurs et les gourous, et j'ai pensé que je pouvais suggérer aux gens de ma génération qu'ils n'étaient pas aussi stupides qu'ils en avaient l'air". McCartney livre également une chanson plus légère mais ô combien agréable, Your mother should know. Quant à George Harrison, sa contribution est le morceau Blue Jay way, qui n'a pas une mélodie inoubliable mais dans laquelle l'utilisation conjointe d'un orgue, de l'écho et d'étranges chœurs créent une atmosphère trouble et prenante.

Sur la face B, on trouve l'inoffensif et simplet Hello goodbye de McCartney, gros tube, mais les morceaux de choix viennent ensuite : Strawberry fields forever et Penny Lane. Ces deux titres ont été enregistrés à l'époque de "Sgt. Pepper", fin 1966-début 1967, mais étant d'abord sortis en single, ils ne furent pas intégrés à l'album ("La plus grande erreur de ma vie", déclara George Martin). Strawberry field était le nom d'un orphelinat de Liverpool près duquel John allait se promener étant enfant : il s'est servi de ce souvenir pour écrire un morceau surréaliste, sorte de rêve semi-éveillé, à la mélodie totalement envoûtante. L'enregistrement de ce morceau fut long et problématique, Lennon n'arrivant pas à décider quel était le meilleur arrangement possible ; la version finalement retenue est un montage de deux versions différentes. Penny Lane, de Paul, évoque la vie quotidienne de ce quartier de Liverpool de manière romancée et poétique. Le superbe arrangement classique à la trompette est une idée de Paul, qui en eut l'idée après avoir vu un concerto de Bach à la télévision. L'album se conclut avec Baby you're a rich man, avec ce son de basse étonnant, et All you need is love, "l'hymne" de l'été 1967, composé par John Lennon pour l'émission de télé Our world retransmise dans le monde entier par satellite, pour plusieurs centaines de millions de personnes (un record à l'époque).

Même si l'album "Magical mystery tour" a été "assemblé" de manière un peu artificielle par Capitol et n'a donc pas la cohérence de Sgt. Pepper, il présente néanmoins toutes les facettes des Beatles au sommet de leur période psychédélique : il est donc fortement recommandable !




Yann Darson

© Etat-critique.com - 24/08/2010