Souvenirs de biture, dérives sexuelles... Un recueil de nouvelles qui nous sonne et gagne par uppercut.
Made in New-York est un recueil de nouvelles de D. James Eldon, le premier à paraître en France et, qui plus est, l’une des premières publications d’une jeune maison, Zanzibar Editions. Au vu du résultat, on l’encourage chaudement et on lui souhaite longue vie.
D. James Eldon nous livre des tranches de vie de la mégapole de la Côte Est, bien saignantes et poisseuses à souhait. Dans un style au rasoir, sans graisse mais avec une utilisation acérée de la phrase, il nous parle des fêlures qui sont les nôtres. Alcool, sexe, solitude, folie sont les quatre points cardinaux qui aimantent les âmes déboussolées.
A la différence de la fêlure évoquée par Fitzgerald, il s’agit ici de brisure, de cassures. On laisse tomber un verre qui se brise en mille morceaux et on s’entaille le pied avec, laissant sur le sol des traces de sang.
Qu’il s’agisse d’un type qui emmène une prostituée dans une chambre d’hôtel, d’un chômeur qui se réfugie dans la lecture, d’un cadre qui croit connaître un de ses amis et découvre, à son corps défendant, qu’on ignore tout de l’autre, la lecture de ces nouvelles équivaut à boire de petits verres de whisky : ça réchauffe la gorge et ça fait du bien.
En effet, la traduction de Sébastien Doubinsky, inspirée, laisse une part importante à l’humour. Ces récits sont à la fois radicaux et drôles. Ils vous présentent en accéléré un panorama de la condition humaine et, il faut bien le dire, pauvres de nous !
La lecture de Made in New-York, outre la découverte d’un auteur important, nous démontre par a plus b combien notre littérature française anémiée où l’on dissèque des états d’âme moroses, n’arrive plus à nous toucher. Parler de soi pour parler de soi, autant que les écrivains français se mettent au blog, cela fera des vacances en librairie.
Nombre d’écrivains français se regardent en narcisse dans le miroir. D. James Eldon se regarde et il voit autant de frères humains que de nouvelles à écrire.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 16/04/2009