Trois femmes dérobent de l’argent pour s’intégrer en milieu consumériste. Ne t’inflige pas ce douloureux divertissement, Ô spectateur innocent. La comédie et la morale ont quitté ces lieux.
" La vie est dure, le destin s’en écarte, personne ne joue avec les mêmes cartes ".
Ces vers contemporains sont prophétiques au moment où le capitalisme se liquéfie sous la pression d’une bourse exsangue. La lancinante complainte des populations occidentales résonne dans les tragédies modernes d’individualités soumises aux injustices et aux inégalités.
Camarade ! Ne suis pas l’exemple de ces femmes qui, pour leur confort matériel et pour asseoir leur position dans la classe bourgeoise, ont spolié le système qui nourrit les masses et irrigue la Nation. Car le destin sera cruel pour ces Robin(e)s des Bois opportunistes.
Considérations prolétaires mises à part, on sent poindre dans le propos du film une critique de la société américaine. Les multinationales licencient, les boulots ingrats à temps partiel deviennent une nécessité, le pouvoir d’achat régresse et le surendettement n’est pas loin.
Dans ce cas, comment comprendre le geste de ces individus condamnés à voler leur employeur ?
Travaillant dans un centre de recyclage de billets de banque usagés, destinés donc à la destruction, le crime ne semble pas faire de victimes. Pourtant, l’accroissement occulte de la masse monétaire provoque, on le sait, une inflation incontrôlable plongeant les plus pauvres dans le désarroi.
Considérations macroéconomiques mises à part, mettons-nous à leur place. Voir tout cet argent partir en confettis alors qu’elles en ont tant besoin, cela n’est pas tenable. Du coup, la bourgeoise se métamorphose en génie criminel et détourne de fortes sommes pendant plusieurs années. Mais cela ne dure pas et c’est par la fin (l’arrestation de la petite bande) que le récit commence. L’infamie sera-t-elle enfin châtiée ?
Il ne faut pas s’attendre à une morale anticonsumériste ou un retour dans le droit chemin. La nécessité fait loi, et cette loi ne craint rien face à l’hypocrisie d’un système qui ne semble plus pouvoir protéger personne.
Sans être vraiment une comédie, un drame, un thriller ou un film policier, Mad Money ne parvient ni à susciter beaucoup d’empathie, ni à assurer un bon divertissement. À voir si votre survie dépend du rafraîchissement procuré par la climatisation des salles obscures. Et s’il s’agit du seul long métrage que vous n’avez pas déjà vu. Et si, bien sûr, vous n’êtes pas tenté par revoir quelque chose que vous avez bien aimé. Même un peu.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 05/08/2008