Dans Ma famille et autres animaux, Gerald Durrell, célèbre naturaliste britannique, relate une partie de son enfance passée à Corfou avec sa mère, ses deux frères, Larry et Leslie, et sa sœur Margo, en pleine crise d'adolescence.
Nous sommes dans les années 30 et parce qu'il pleut à Londres et que toute la famille mouche et crache, Larry décide de partir s'installer à Corfou où le climat devrait être plus sec et plus sain. Toute la famille débarque donc avec de nombreux bagages et moult caisses de livres sur ce petit coin de paradis.
Pour Gérald, alors âgé d'une dizaine d'années, c'est la découverte de la liberté : des journées entières passées allongé dans l'herbe à observer la vie des mantes religieuses, le vol des pies ou la reproduction des araignées et des tortues. Il met la patience de sa famille à rude épreuve en collectionnant mygales, oiseaux, chauve-souris.
Dans cette famille totalement loufoque, on change de maison du jour au lendemain parce qu'on a invité trop d'amis et qu'il faut des chambres supplémentaires, puis de nouveau parce qu'on ne veut pas voir débarquer une vieille tante et que pour cela il ne faut surtout pas avoir de chambre d'amis ! On engage une jeune fille pour transporter un chiot sur un coussin car Dodo, la mère de ce chiot ne veut pas quitter sa maîtresse une seconde et qu'on ne supporte pas que Dodo transporte son bébé dans sa gueule.
Ainsi l'enfance de Gérald Durrell se déroule sans aucune contrainte, pleine de fantaisie, de rêves et très loin des conventions. A plusieurs reprises, sa mère tente de lui trouver un précepteur mais très vite, le précepteur et son élève sont distraits par la nature, les ballades et tout effort pour acquérir un quelconque savoir académique est très vite abandonné.
La lecture de Ma famille et autres animaux est vivement conseillée pour chasser la morosité et pour, à son tour, rêver à une vie sans aucun souci d'argent (chez les Durrell, personne ne travaille), ponctuée de bains de minuit dans de petites criques sauvages, de grandes discussions, de dîners entre amis, de fêtes et de promenades.
Gérald Durrell cite dans son livre une phrase extraite du Livre des Hébreux : "Ne négligez point d'accueillir des étrangers : c'est ainsi que, sans le savoir, certains d'entre vous ont accueilli des anges". Elle résume assez bien l'éducation hors de toute norme, très ouverte et tolérante qu'il a reçue et qui a sans aucun doute révélé sa vocation de botaniste et de grand défenseur de la diversité animale.
Gérald Durrell est décédé en 1995, mais sa croisade se poursuit grâce aux efforts de la Fondation Durrell pour la Protection de la Vie Sauvage.
Véronique Cazaubiel
© Etat-critique.com - 29/06/2007