Il va falloir excuser les références culinaires au dernier délire d'Edouard Baer, mais il n'y a pas d'autre mot: un délice!
Parce qu’il n'y a qu’un seul spectateur dans leur salle de spectacle, deux comédiens décident de louer le lieu pour se faire un peu d’argent. Ils tentent une arnaque qui échoue lamentablement : faire passer leur théâtre pour un grand restaurant, nommé le miam miam.
C’est l’excuse trouvée par Edouard Baer pour justifier son joyeux barnum avec sa troupe de fidèles et d’invités. Les amateurs apprécieront, et ceux qui découvrent pourront jubiler devant l’humour tout en poésie du comédien.
Car Miam miam est une pièce joliment écrite. Comme d’habitude, elle n’est pas parfaite ; il subsiste le style bordélique d’Edouard Baer. Au cinéma, cela donnait des navetons attachants ; au théâtre, c’était beaucoup plus abordable. Ici, l’ambiance foutraque est expliquée par la douce folie qui habite la troupe de théâtre prête à relever un défi absurde.
On entre donc dans un univers plein d’humour de degrés différents. Edouard Baer se lâche dans des textes saugrenus et donne un rythme trépidant à son aventure culinaire.
Soutenu par un Philippe Duquesne excellent et un Atmen Kelif surexcité, Baer transcende une fois de plus les conventions du spectacle cabaret avec des idées tout droit tirées d’un film des ZAZ. Comme dans les premiers Y a t il…, il se passe toujours quelque chose au fond de la scène. Un détail fait toujours la différence et maintient le spectateur en alerte.
Devant l’énergie de la troupe (tous parfaits, il faut le dire et le redire), on pourrait être assommé mais l’écriture est nettement plus harmonieuse. S’il y a une baisse de tension dans la seconde partie du spectacle, on tombe dans un véritable tourbillon d’idées stimulantes et de douces folies.
Jamais dans la provocation, toujours à la limite du théâtre de l’absurde et son refus du réalisme, la création d’Edouard Baer s’amuse du classicisme, de la critique de la société et de ses contemporains. Derrière le rire percent les inquiétudes et c’est ici un délice.
Le sens de l’illogisme, le goût du paradoxe, la volonté de surprendre, la célébration d’un humour absurde, Miam miam est un régal, salé et sucré, fou et exaltant.