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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 MARCO POLO

MARCO POLO

Marie-Claude PIETRAGALLA et Julien DEROUAULT

Palais des Congrès, Paris 6 au 15 mars 2009

Et ta critique ?




Polymorphe et puissant,  le nouveau spectacle de Marie-Claude Pietragalla, Marco Polo, est  à voir d’urgence.


Résolument fondé sur le corps, le spectacle explore toutes les dimensions et nous enchante. Il  se décompose en de nombreux tableaux en lien d’une manière ou d’une autre avec les quatre éléments qui entourent l’humanité.

La danse défie tout au long du spectacle les lois de la gravité par des danses fendant les airs. Pietragalla a sélectionné pour cela des danseurs urbains qui donnent au spectacle une dimension fantastique inattendue. Les breakers, capoeiristes, vous donnent une claque qui rappelle celle reçue il y a vingt ans avec  la création du clip Thriller de Mickaël Jackson. Les danses de groupe dégagent une puissance renversante.

A un rythme effréné, les breakers mettent leur talent au service d’une danse contemporaine qui n’est que le début d’une évidente et longue coopération. On commence à pressentir à travers cette fusion qu’une nouvelle brèche est en train de s’ouvrir dans le monde de la danse. Ici on navigue entre admiration et contemplation. A ce titre le tableau des robots est un exemple du genre. Quand la technique du breaker se met au service de robots apathiques, leur corps est réveillé par la fluidité de Julien Derouault qui circule entre eux et  l’émotion naît : les yeux dans le ciel et les étoiles lumineuses dans les mains, les robots touchent. L’humain prend de la hauteur.

Idem quand les breakers ondulent sous la mer dans un monde de sirènes et de féérie aquatique. Hommes-algues hommes-vagues, surnaturels, l’énergie déployée en met plein les yeux et impose le respect, elle réclame autant de rigueur que celle avancée par des danseurs plus classiques. Illustratif, matière brute, ici on sent souvent un corps bousculé, un corps poussé à ses limites. Le corps dans ce qu’il peut avoir de plus naturel mais aussi de plus sauvage.

L’équilibre est judicieusement trouvé. Il ne s’agit pas de faire du spectaculaire pour du spectaculaire mais de prendre les techniques de chaque famille de danse pour les mettre au service d’une histoire racontée par des  corps issus de cultures différentes, mais d’une même pâte, celle des hommes.

Côté musique, les nappes vocales chantées par un trio lyrique issues là encore de trois cultures distinctes aident le spectateur à plonger son regard sur le plateau. Essentiellement à base de violons et de flûtes d'Armand Amar, les parties instrumentales partent de phrasés mongoliens, de chants diphoniques, de oms tibétains pour arriver jusqu’à la musique de The Chemicals Brothers ou de Prodigy dans un monde souterrain proche des forges d’un Vulcain.

Le film d’animation projeté par moment  sur scène ne parasite jamais l’action, le corps s’inclinant devant la toile géante. Et l’objectif est atteint quand on se prend au jeu à admirer l’avatar manga de Pietragalla dansant sur la toile du fond.

Un spectacle magnifique qui explore de nouvelles pistes intelligemment. Un spectacle où l’on a envie de dire merci à une chorégraphe talentueuse d’avoir osé mettre en avant cette culture urbaine souvent caricaturée et qui est capable, à n’en plus douter, de produire du Beau. A voir.




 


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 07/03/2009