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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Lucky you

Lucky you

Curtis HANSON

Avec Drew Barrymore, Eric Bana, Robert Duvall et Debra Messing - Warner Bros - 9 mai 2007 - 2h02

Et ta critique ?




Après le polar brumeux et le pamphlet social hip-hop, Curtis Hanson met sa réalisation perfectionniste au service de l’univers du poker professionnel. Non exempt de défauts, le film assume noblement son rôle de divertissement.


Las Vegas, la ville qui a poussé dans le désert grâce aux flux massifs de billets verts, est considérée par les américains comme un paradis malgré le fait qu’il n’existe que deux activités touristiques majeures : les concours d’apnée en piscine supervisés par des mafieux soucieux de récupérer les sommes perdues au jeu et les mariages organisés par des sosies d’Elvis.

Nous retrouvons un joueur de poker professionnel bien seul : son appartement (murs compris) est passé en prêts sur gages, les seules personnes qui connaissent son nom sont croupiers et son père est son principal concurrent.

Confrontés à des problèmes relationnels forts mais, entre un complexe d’Oedipe modeste (il ne veut pas tuer son père, juste le ruiner) et une incapacité à s’engager dans une relation sérieuse (jusqu’à ce qu’il rencontre la candide Drew Barrimore), il va chercher le chemin de la rédemption.

Thème récurrent pour Curtis Hanson, ce dernier est traité trop superficiellement pour être honnête. En revanche, son croquis du microcosme des squatteurs de casino est particulièrement réussi.

Il s’agit là du point fort du long-métrage. Il n’est pas nécessaire de connaître les règles de toutes les variantes du poker pour ressentir la tension dans les joutes psychologiques qui se déroulent sur le tapis.

Sa maîtrise des plans dynamiques, fluides et esthétiques participe de beaucoup à faire rentrer le spectateur dans l’atmosphère d’un jeu qui n’est encore qu’une mode récente en dehors de l’Amérique. Ceux qui jouent sur Internet se verront d’ailleurs gratifier d’un petit compliment maison.

Enfin, le réalisateur a eu la bonne idée de ne pas faire jouer Patrick Bruel malgré ses qualités d’acteur et de joueur qui le destinait à un rôle, même mineur.

Contrairement à 8 Miles, la critique sociale n’est pas aussi démonstrative. Mais, hélas, pas plus subtile. Le portrait d’une Amérique en perte de valeurs qui dilapide ses richesses par ennui (et par jeu) est présentée plutôt positivement et la caméra suit rarement les perdants lorsque les huissiers viendront saisir leurs biens. Car les sommes perdues tiennent souvent sur deux lignes dans les sous-titres et vous aurez du mal à vous représenter ce que cela représente (si vous allez le voir en version doublée, vous aurez juste mal à la tête).

Ce culte de l’argent, même si dans les faits il est relativement subtil (le frisson l’emporte plus souvent que l’appât du gain), risque de donner des hauts le cœur à un public français qui n’a pas encore saisi le rapport entre le rêve américain qui permet au vainqueur du tournoi précité de remporter 2,5 millions de dollars et le fait qu’un cinquième de la population vive en dessous du seuil de pauvreté.

C’est dire si nous sommes incapable de comprendre la cohérence du système. Mais pourquoi bouder son plaisir devant un bon divertissement quand on peut laisser ses opinions politiques au vestiaire ?


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 14/05/2007